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Pour mieux connaitre  l’histoire politique de Vitrolles, gérée pendant 5 années (1997 - 2002) par l'extrême droite et le couple Bruno et Catherine MEGRET, plus de 200 articles de presse sont à votre disposition (colonne de droite, rubrique "thèmes" sur ce blog). A l'heure de la banalisation de l'extrême droite, un devoir de mémoire s'impose avec l'expérience vécue à  Vitrolles.

Cette histoire politique est désormais complétée par des vidéos que vous pouvez retrouver dans le thème "l'histoire politique de Vitrolles en vidéo", dans la colonne de droite. Cette rubrique sera renseignée au fil du temps.

@ DH
2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:47


OBJECTIF SECURITE. À LA FRESCOULE.

 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 17 février 2001.

 

Dans ce quartier de Vitrolles, l ’augmentation du nombre de policiers municipaux n ’a eu aucun effet sur le sentiment d ’insécurité des habitants. Bien au contraire.

 

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL .

 

Un beau et rare, en cette saison, soleil commence ...à se refléter sur les façades couleur rose provençal de petits immeubles façon stuc. Le journal, le pain, le petit café : les habitants font leurs courses. En ce samedi matin du début du mois de février, le quartier de la Frescoule offre l’image d ’Épinal du petit quartier provençal paisible. C’est peut-être aussi le sentiment qu ’ont eu les habitants en arrivant ici. De l’image à la réalité .

 

Prenons l’immeuble à côté de la librairie. Premier étage, première porte droite. M. X (appelons- le ainsi) habitait les quartiers Nord de Marseille. Il y a six ans, il décide de venir à Vitrolles "ville nouvelle ","pour fuir l’insécurité" et pour le gamin ". Aujourd’hui, il dit :"On n’est pas en sécurité et le local de policiers municipaux ouvert par la mairie en bas n ’a rien changé. Ils ont mis le grillage aux fenêtres, et puis rien. " M. X. est assez représentatif de ceux qu’un sociologue a appelés les citadins parcellaires , en référence aux paysans parcellaires de la France du XIX e siècle, analysés par Karl Marx, qui avaient eu accès à une petite parcelle de terre et dont l ’instinct de propriété avait teinté la conscience d ’une couleur conservatrice.

 

Les citadins parcellaires sont légion à Vitrolles, notamment dans ce quartier de la Frescoule. Deuxième étage, porte gauche. Une jeune femme : On n’est plus en sécurité. On ne sort plus le soir. Mégret n’a rien fait.

 

Ce porte-à-porte express confirme les sondages : les problèmes de sécurité figurent au premier rang des priorités des Vitrollais. Même après quatre années de présence de l’extrême droite à l’hôtel de ville, qui avait fait de l’insécurité son principal cheval de bataille. L’échec était prévisible, il n’en est pas moins éclatant.

 

Même le leader de la droite, Christian Rossi, est implacable : La municipalité a favorisé les facteurs de délinquance avec la fermeture des maisons de quartier, le manque d’équipements, la zone économique qui ne repart pas. Ils ont tout abandonné en matière de prévention pour tout mettre sur la répression. Ce choix s’est révélé inefficace. Inefficace puisque les chiffres, en baisse dans les communes environnantes, s’affichent ici en hausse continuelle.

 

Richard Dubré, Vitrollais depuis quinze ans et directeur de campagne d’Alain Hayot, tente une explication : Une délinquance idéologique s’est développée en réaction aux comportements de la police municipale et au discours extrémiste et raciste de la mairie FN. Une sorte de course folle s’est engagée. Si on recrée du dialogue entre les jeunes et l’hôtel de ville, ce type de violence peut reculer rapidement. ¯Le dialogue a été rompu, la maison de quartier fermée ce dont on se plaint presque unanimement et les activités réduites.

 

Exemple : en 1997, 10 % du budget de la ville étaient consacrés aux sports, aujourd’hui 3,5 % . Pour Alain Hayot, L’essentiel, c’est de retisser du lien social, de la solidarité, de redonner de la vie dans les quartiers en rouvrant la maison de quartier et en procédant à l’élection de conseil de quartier, de promouvoir l’emploi et l’insertion professionnelle. Car beaucoup de jeunes disent, eux aussi, vivre dans l ’insécurité, même si le mot prend une connotation différente. Guillaume : Ce sont les trois dernières années que nous avons eu le plus de problèmes. Il n’y a rien ... faire sur Vitrolles. Les jeunes s’emmerdent. Parfois, ils font des conneries". Delphine, sa copine : C’est avec l ’arrivée de l ’extrême droite que j ’ai ressenti une montée de l ’insécurité, de la pression. ¯Une politique de sécurité ne se mesure pas au nombre de policiers municipaux embauchés, mais tel le pyromane qui se déguise en pompier l’extrême droite continue de jouer avec le feu de l ’insécurité.

 

C. D.

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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:46

" Pour une France généreuse et ouverte "
 
Par Fodé Sylla (*)
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 17 février 2001.

 

Six ans déjà, six ans de trop ! Nous le disions à l’époque. Aux municipales de 1995, tout semblait sourire au parti de Jean-Marie Le Pen. L’extrême droite remportait Toulon, Marignane, Orange et deux ans plus tard Vitrolles. Ces villes du sud de la France seraient non seulement les " laboratoires " d’une gestion efficace des idées frontistes - " les Français d’abord (sic) ! -, mais, en plus, elles préfiguraient une irrésistible ascension. Tremblez démocrates ! Fort heureusement, on connaît la suite.

 

De laboratoires, ces villes sont devenues des vitrines de ce que nous dénoncions depuis longtemps : la démagogie et la haine pour seul programme, l’incapacité à gérer la " respublica ", la chose publique, une " préférence nationale " pour calfeutrer l’absence d’intérêt pour la cité, le fossé creusé artificiellement entre les différentes composantes de la population, le rejet de toute forme de vie culturelle. La liste est longue.

 

Le tout sous couvert d’une stratégie de provocations et une volonté de vouloir systématiquement se poser en victime de l’hostilité des démocrates. Mais comment ne pas réagir lorsque Catherine Mégret déclare, en février 1997, aussitôt élue, dans une interview au journal allemand Berliner Zeitung, qu’" il y a des différences entre les races... il y a des différences entre les gènes. (...) Les immigrés (...) ne sont là que pour prendre l’argent ". Propos qui furent condamnés.

J’ai personnellement souvent constaté leur attitude arrogante, notamment lors de ma venue, en compagnie de Danielle Evenou et du réalisateur Denis Amar, sur un marché de Vitrolles pour soutenir les militants locaux. Les heurts ont éclaté lorsque nous avons croisé Bruno Mégret et son épouse, entourés de nervis. Injures, jets de gaz lacrymogènes et même un membre du service d’ordre du couple sortant un pistolet... J’ai connu mieux comme accueil. Mais il est très révélateur de l’ambiance totalitaire que les époux ont tenté d’imposer à la ville en voulant caporaliser les mentalités. Ainsi qui a oublié l’incroyable " offense " que ce directeur d’école, a infligé à Catherine Mégret en la saluant, mais en refusant de lui serrer la main, afin de " garder ses distances avec des élus dont les valeurs sont aux antipodes des siennes " ? Résultat : son acte lui a coûté sa place. On croit cauchemarder. En fait de bilan de gestion municipale, les villes frontistes ne peuvent guère afficher que leurs non-résultats. Ces gens-là sont des illusionnistes dont le seul talent et la nuisance.

 

Rester vigilant est donc plus que jamais d’actualité. Car il serait dangereux d’oublier, même si les appareils d’extrême droite sont en piteux état, que les idées du FN ont gangrené la société française. Que cela soit dans ces entreprises, où l’on n’hésite pas à recruter uniquement " bleu, blanc, rouge ", ou dans le secteur des soins, du loisir, du logement, où un Zidane c’est bien sur le terrain de football mais pas à côté de chez soi. En fait, le constat est alarmant et atteint presque la cote d’alerte, tant le racisme s’est banalisé alors qu’on l’excusait presque hier du fait de la crise économique. Or depuis la reprise de la croissance, qui a constaté une amélioration ? Pas moi. Au contraire, la situation se dégrade même. C’est donc à un nouvel effort que je vous invite. Aller voter aux prochaines municipales contre l’extrême droite, pour la solidarité et la fraternité, pour une certaine idée de la France généreuse et ouverte.

 
(*) Député européen, ancien président de SOS-Racisme
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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:46


Les Estroublans dans le trouble

 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 17 février 2001.

 

Même en déclin, les zones industrielles de Vitrolles emploient 10 000 salariés. Pourtant, le taux de chômage dans la ville s’établit à 36 %.

 

De notre envoyé spécial.

Quand, en 1963, Pierre Ghazarian a décidé de quitter son atelier marseillais pour ouvrir une fabrique de meubles de 4 000 mètres, il a choisi de s’installer dans la zone des Estroublans à Vitrolles. Il fut l’un des premiers.

 

Il fut donc aux premières loges pour assister au développement exponentiel de la zone dans les années soixante, puis à sa stagnation durant la décennie 1970, enfin à son déclin depuis les années quatre-vingt. " J’emploierais même un mot plus fort que celui de déclin : celui de paupérisation, sur une longue période ", assure Henri Grange, directeur général du groupe agroalimentaire Ferrico, et président de Vitropole.

 

La faute aux zones franches. La faute aux impôts fonciers que tous reconnaissent très lourds. La faute surtout au déficit d’aménagement. " L’entreprise que je dirige a été la première à s’installer ici en 1963. Depuis, rien n’a changé. Pas d’entretien ni aménagement. Surtout, les Estroublans se situent sur une zone inondable. Alors, vous voyez, quand Kodak voit son centre régional de recherche sous 1,5 m d’eau, ce n’est pas terrible ", souligne Henri Grange. " C’est vraiment une zone au sens péjoratif du terme ", confirme Alain Hayot. La faute au FN, devenu MNR ? " Non. Leur présence n’a eu aucun effet. Le développement économique est de la compétence de la communauté de communes, pas de la mairie ", assure Henri Grange. En revanche, certains ont prêté à Provence Promotion (chambre de commerce et d’industrie, conseil général des Bouches-du-Rhône) et Pays d’Aix Promotion (dont le président est premier adjoint à la mairie d’Aix et vice-président du conseil général chargé de l’économie) l’intention de prêcher pour leur paroisse, le " péché  vitrollais »  les y aidant beaucoup.

 

" Le discours "venez chez nous" a existé mais il n’a pas marché, analyse Henri Grange. De toute façon, nous avons des qualités intrinsèques uniques (proximité de l’autoroute, de l’aéroport et des ports- NDLR). Moi je ne vais pas démonter mon usine le samedi pour la reconstruire le dimanche. " Malgré tout, sur les 110 entreprises qui se sont installées sur la communauté d’agglomération du pays d’Aix, 10 seulement ont choisi Vitrolles.

 

" Nous avons payé un lourd tribut à la présence de l’extrême droite à la mairie", estime Dominique Tichadou. Le projet de Vitropole pour l’avenir est simple : " Nous allons faire en sorte de donner un minimum de confort (une gare, des lieux de restauration et de loisirs de proximité, des crèches) aux 10 000 personnes qui travaillent sur la zone. Si les salariés se sentent bien, les entreprises viendront plus facilement. " Enfin, n’oublions pas le paradoxe des paradoxes : 10 000 emplois aux Estroublans et à l’Anjoly, un taux de chômage supérieur à 30 % dans la ville...

 

 La zone économique et les quartiers : deux villes qui vivent l’une (presque) séparément de l’autre. Voilà bien le " drame " vitrollais.

 

C. D.

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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:45


Le Journal des municipales du 1er mars

 

Paru dans le Nouvel Obs du 01/03/2001

Jour après jour, l'actualité de la campagne pour les élections municipales dont les deux tours se dérouleront les 11 et 18 mars.

Vitrolles.- Le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence a jugé mercredi "discriminatoire" pour les immigrés le programme de la maire MNR Catherine Mégret, candidate à un second tour en mars.

 

Catherine Mégret se voit interdite de diffuser son tract électoral "Bien chez nous" ou tout autre document traitant de la question des immigrés, sauf à y faire figurer un "avertissement relatif à son caractère délictuel".

 
Dans son tract, le maire sortant de Vitrolles présentait l'immigration comme une "véritable colonisation à rebours" et proposait d'"assurer dans le cadre légal la priorité aux Français pour les emplois municipaux, les aides sociales et l'attribution de logements". Catherine Mégret a annoncé qu'elle ferait appel de l'ordonnance du TGI d'Aix, estimant qu'"il s'agit d'une décision insensée qui menace la République".
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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:44


Vitrolles : graffitis antisémites sur les affiches du candidat PCF

 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 1er mars 2001.

 

 

Alain Hayot, candidat communiste à la mairie de Vitrolles, a déposé plainte, mardi, au commissariat de cette ville des Bouches-du-Rhône, après que les deux tiers de ses affiches électorales ont été recouvertes d’étoiles de David.

 

Dans la nuit de lundi à mardi, le visage du vice-président du conseil régional a en effet été couvert de l’étoile juive sur une quinzaine des 22 panneaux électoraux officiels de la ville qu’il veut " débarrasser de l’extrême droite ", en l’occurrence de son maire MNR Catherine Mégret. Dans un communiqué, Alain Hayot exprime son " horreur " face à cette attaque et dénonce " le climat de la campagne " à Vitrolles qui devient " insoutenable ", notamment " pour les candidats démocrates victimes de propos, d’écrits et d’actes malveillants ".

Le candidat RPR Christian Rossi a " dénoncé la façon dont Alain Hayot a été attaqué ", soulignant que trois de ses colistiers avaient " eux aussi été victimes d’insultes faisant allusion à leur appartenance à la communauté juive ".

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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:42


Les obscurs résistants de Vitrolles


Article paru dans l'édition du Monde du 06.03.01

 

En février 1997, le Front national gagnait la mairie de Vitrolles. Pour les syndicalistes, les travailleurs sociaux de la petite ville des Bouches-du-Rhône, les ennuis commençaient. Quatre d'entre eux témoignent de leur résistance au quotidien, modeste mais obstinée, pour sauver ce qui pouvait l'être du raz de marée de l'extrême droite

 

QUAND le Front national a conquis Vitrolles en février 1997, Bruno Bidet était permanent CFDT depuis deux mois : clairvoyants, ses amis l'avaient élu secrétaire syndical en décembre 1996 afin de le protéger, lui, sa section et le personnel, pour les temps douloureux qui s'annonçaient. Bruno Bidet est toujours là, voix mieux assurée mais visage plus marqué qu'il y a quatre ans. Il fait partie de ceux qui ont subi, mais aussi des rares qui, chaque jour, ont résisté à l'arrogance des arrivants, au dos tourné des faibles, à la solitude. Ce sentimental est un pudique, mais quand il lâche : « Il y a vraiment des jours où je me suis senti seul... (un silence). Mais seul de chez seul, tu sais ! », des larmes lui montent aux yeux. Il baisse la tête, se reprend et parle de l'attente de la réunion du mercredi. Elle le sortait de la solitude du petit bureau où il a passé, seul, des journées entières à préparer les trente numéros du journal syndical, sous une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui, épinglée au mur, n'est qu'un réconfort de papier.

 

D'autres que lui se sont battus à Vitrolles : les militants de Ras l'Front, les jeunes gens du café musique Le Sous-Marin, les associations qui ont organisé des pique-niques de 1er Mai, les partis qui se sont refait une santé. Mais ces batailles se jouaient souvent à distance, et la chronique en a rendu compte. Les syndicalistes de la mairie sont restés en première ligne chaque jour, dans un obscur combat avec - ou au nom des - huit cents employés communaux.

 

Cela a commencé brutalement, par le licenciement de trente et un contractuels, et l'annonce, suivie d'effet, que les contrats de quatre-vingts autres ne seraient pas renouvelés. En quelques semaines, la moitié des cadres sont remplacés, qu'ils soient volontairement partis ou mis au placard : « La matière grise remplacée par des fous furieux », résume Bruno Bidet. Déjà secoués, lui et ses amis reçoivent un coup de poignard dans le dos : la semaine suivant l'élection, une élue CFDT annonce qu'elle rejoint le cabinet du maire, lançant à ses anciens camarades qu'ils se trompent de combat. Elle est exclue, mais le traumatisme est profond : « D'entrée, se faire plumer un élément comme ça, tu t'affoles, tu te dis surtout : si il y en a un deuxième, vis-à-vis du personnel, on est mort », se souvient le secrétaire du syndicat, qui déteste ce moment de l'histoire.

 

Pris dans ce tourbillon, il lui arrive de devenir « à moitié parano » : « Je ne prenais plus ma moto parce qu'on m'avait frôlé une fois à un feu rouge. » Il faut cependant garder ses nerfs : « On avait décidé de ne jamais répondre, même quand on se faisait insulter dans les services », ou quand, en toute illégalité, un petit chef défend aux délégués l'accès à son service. Pour forcer l'interdit, les syndicalistes CFDT et CGT, qui ont scellé un solide pacte d'union, y reviennent à quatre, « toujours avec deux copines », parce qu'il est plus difficile de menacer des femmes. Bruno Bidet confesse : « Pendant six mois, je n'ai pas su ce que j'allais devenir. On avait en face de nous une affaire immense à gérer, au jour le jour, avec des gens à qui il était impossible de faire comprendre quoi que ce soit, avec qui il était impossible de transiger. » En juin 1998, la grève avec occupation contre le projet de privatisation de la propreté urbaine porte la tension à son maximum : les policiers municipaux investissent les locaux un dimanche. « Insultes, dérapages, c'était un combat de tranchées d'un autre monde, un combat de sourds » - et d'autant plus absurde que la délibération municipale est entachée d'illégalité.

 

Egrenant ses souvenirs, Bruno Bidet estime avoir un jour « pété un plomb ». Quand, aux élections au comité des œuvres sociales de mars 1999, sa section et lui dénoncent la manipulation de la section FO par le Front national : « Je n’aurais pas dû accuser quarante personnes d'être des fachos », regrette-t-il. A quelques semaines des municipales de 2001, cet obstiné ouvre le grand classeur où sont rangés les tracts, les journaux, les lettres au sous-préfet, les pièces des incessantes batailles juridiques, à peu près toutes gagnées, qui ont rythmé ces quatre ans de bagarre. Comme des preuves que, malgré les départs ( « On ne peut pas leur en vouloir » ) et l'atmosphère étouffante, ce travail de fourmi a protégé le personnel contre le pire, contre l'humiliation. Bruno Bidet est d'ailleurs assez fier d'annoncer que sa section a aujourd'hui soixante cotisants, contre trente-neuf en 1996. Mais il confie aussi que cette trop longue histoire a usé les nerfs de sa femme, caissière chez Carrefour. « Mon couple et ma famille ont failli y passer », avoue-t-il, avant de rendre hommage à sa compagne. Et puis, dans un sourire fatigué : « Pour un jardinier de formation, qui n'avait jamais été investi dans ce genre de bataille, j'ai beaucoup appris... »

 

A quelques centaines de mètres de là, Francine Muraille dirigeait la Régie du quartier des Pins, un ensemble de 7 000 habitants, dont le Front national avait fait l'emblème de ce qu'il détestait. L'organisme recevait le tiers de ses subventions de la mairie et employait dix-huit salariés de la cité à l'entretien des espaces communs.

 

Dès le mois de février 1997, sa mort est programmée. Lors d'une entrevue, le premier adjoint Hubert Fayard demande à la délégation qu'il reçoit dans son bureau : « Vous n'avez pas peur de laisser une femme dans ce quartier ? » : Francine Muraille encaisse, mais les délégués en tirent une conclusion immédiate : « On n'a rien à se dire. » Ils partent. Pour tenter de sauver ce qui peut l'être, le président de la Régie, Alain Castan, et elle se retournent alors vers l'OPAC (Office public d'aménagement et de construction) sous influence socialiste : ce sera leur plus grande déception de constater que leur combativité effraie de ce côté-là aussi. Le 31 janvier 1998, après des mois de palabres, de tiraillements et de vaines mobilisations, ils boivent l'apéritif de fermeture dans leur local : « C'était l'effondrement », se souvient Francine Muraille, qui y a gagné d'autres cheveux gris, « parce que non seulement on arrêtait cette aventure, on brisait ce lien social dans un quartier qui en avait tant besoin, mais cela signifiait aussi qu'on licenciait dix-huit habitants du quartier - et pour douze d'entre eux, c'était le seul salaire à la maison ». Alain Castan et elle, pourtant, décident de maintenir le café du lundi matin, ce lieu ouvert où chacun peut passer. « Parce que c'était pas possible de tout arrêter, comme ça. » Ils lancent alors l'association Les Pins service, espérant qu'on les aidera un peu. Il leur faudra occuper le local pour obtenir le droit de s'y maintenir.

 

Subventionnée par le FAS et le conseil général, l'association, la seule qui reste vivante sur les sept qui existaient dans le secteur à l'arrivée du FN, est toujours installée dans un petit appartement en rez-de-chaussée. Elle participe au soutien scolaire de trente-deux enfants, héberge la Courte Echelle, qui s'occupe de diffusion culturelle. Et le lundi matin, entre 8 h 30 et 10 h 30, on y boit encore le café : « On est souvent trois, mais on peut être plus de vingt les jours de colère », dit Francine Muraille. Car, ayant passé l'âge de la retraite, elle continue de venir chaque jour aux Pins, bénévolement, pour qu'une petite flamme continue de briller. En cinq ans, elle a pourtant été le témoin d'une longue défaite à laquelle elle ne peut pas tout à fait se résigner. Elle a d'abord vu la tension exploser : « A la moindre anicroche, les gens s'accusaient d'avoir voté Front national, tout le monde soupçonnait tout le monde. Et puis surtout le racisme s'exposait. » Petit à petit, « la non-parole entre les gens est devenue l'ordinaire ». D'ailleurs, Francine Muraille s'évertue à dire scrupuleusement bonjour à chaque personne qu'elle croise dans le quartier... Mais l'abandon a fait son oeuvre : les trois éducateurs de rue supprimés, l'entretien qui se fait moins, la réparation du petit matériel interrompue, « la dégradation va à une vitesse terrible ».

 

EN juillet 1997, la nouvelle mairie avait fermé la maison de quartier des Pins, prétextant des travaux, au moment exact où les enfants qui ne partent pas en vacances en ont besoin. Elle n'a jamais été rouverte : ses murs noircis par le feu, ses portes béantes, ses grilles pendantes sont, pour Francine Muraille, le symbole même du mépris dans lequel les habitants ont été tenus durant la mandature.

 

Dans ce quartier des Pins, vivait Marie-Rose, Soeur de l'Enfant-Jésus Nicolas-Barré. Elle était arrivée à Vitrolles en 1994, « pleine de projets et d'espoir ». Le début du travail auprès des enfants, vocation de sa congrégation, avait été difficile. Mais l'arrivée du Front national, c'était l'insupportable : « J'étais étranger et vous m'avez aidé, dit le Christ, comme l'Ancien Testament », explique Marie-Rose. Elle n'a pas hésité à s'engager : « Il m'est apparu impossible de ne pas être en même temps avec les plus démunis et du côté des militants. » Elle a vite été déçue par l'action des seconds, mais n'a rien lâché de son travail avec les enfants, soutien scolaire, catéchèse, le « Club » où viennent cinq petits gars. « Parce qu'ils s'embêtent, qu'il n'y a rien pour eux et que le dimanche, dès 9 heures du matin, ils sont dehors, à attendre. » « Pour ne pas se décourager, il faut accepter que tout ce qu'on fait est infiniment petit... », dit-elle de sa voix grave. Elle perpétue donc cette mission d'aider les démunis à prendre la parole. Qu'elle illustre ainsi : « Un matin de décembre 2000, les bulldozers sont venus détruire les logettes des poubelles. Sans un mot d'explication. Comme certains protestaient, on a daigné annoncer que, désormais, il faudrait mettre les poubelles ailleurs. » Voilà ce qu'elle appelle « l'expérience quotidienne d'être compté pour rien » - dont l'extrême droite n'a d'ailleurs pas l'exclusivité -, et qui lui fait penser qu'il serait « lâche de quitter, au moment où certains n'ont pas la chance de pouvoir choisir ». Mais elle ajoute : « Ce qui m'a le plus coûté, c'est de me dire en rencontrant les gens : «Peut-être qu'il a voté FN.» Car laisser monter le soupçon, c'est déjà laisser monter le découragement. » Quant à Titif, alias Abdellatif Sahli, il est toujours là, lui aussi. La parole qui, de temps en temps, bégaye, cet agent de prévention vit aux Pins et travaille à bord des Cars de l'Etang, qui sillonnent huit villes autour de Vitrolles.

 

Il faisait le même travail de prévention pour la ville sous la municipalité Anglade (PS) : « La campagne s'était faite sur notre dos : dans son programme, le Front avait dit qu'il nous virerait, nous et tous les éducateurs de rue. » Jusqu'au dernier jour, pourtant, Titif n'y a pas cru : la victoire de Catherine Mégret lui est littéralement tombée dessus. Dès le premier soir, tout vole en éclats : « Des jeunes qu'on n'avait jamais vus péter les plombs ont commencé à casser avec d'autres jeunes. Le premier soir de dimanche, puis le lundi, on était dégoûtés. » Car Titif dit toujours « nous » ou « on », et il parle ainsi des autres agents de prévention, tous virés eux aussi. « Faut dire qu'on avait de quoi : sur les cinq, il y avait trois noms arabes et deux antillais. » Après des semaines d'attente à remâcher l'amertume, les lettres de licenciement arrivent : « Ça a été une libération. On ne craignait qu'une chose : que Catherine Mégret aille dans les quartiers et nous demande de la protéger. On n'aurait pas pu ! »

 

Abdelatif et ses amis vont voir les syndicats, qu'ils ne connaissaient pas, et constituent l'association La Charrette avec les autres licenciés. Au terme de longues procédures qui apparaissent obscures à ces novices en droit, le tribunal administratif reconnaît, en février 1999, qu'ils ont été licenciés illégalement, et la cour administrative d'appel confirme le jugement en juin 2000. Cela soulage vraiment Titif : « On savait qu'on n'avait rien fait de mal. Nous, les agents de prévention, on ne faisait pas de politique, on garantissait la sécurité dans la ville, et on était virés pour des raisons politiques. » Empli d'amertume, il garde un secret espoir. Que tous les recours contentieux soient définitivement épuisés avant le départ de l'extrême droite, qu'il croit imminent : « L'argent qu'ils nous doivent pour les licenciements abusifs, on veut aller le chercher à la mairie, avec le papier à la main. Et leur dire : «Vous avez perdu, vous payez.» Pour les narguer, mais surtout pour qu'ils soient obligés de reconnaître qu'on avait raison. Ils ont fait trop de mal, ils ont assassiné la ville. »

 
MICHEL SAMSON
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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:40

Les neuf villes clés du dimanche 11 mars

 

source : Le Nouvel Observateur le 08/03/2001


Six peuvent basculer à gauche, deux passer à droite, une du Front national à la droite. 

 

 

Vitrolles La préférence démocratique Personne ne donne la moindre chance à Catherine Mégret de conserver la plus emblématique des quatre mairies détenues par l'extrême-droite. Toute la question est de savoir qui refermera la parenthèse ouverte en 1996 avec la défaite du socialiste, Jean-Jacques Anglade ? Le mieux placé est sans conteste Dominique Tichadou, conseiller général PS. Il devra toutefois trouver les bases d'un accord honorable, au second tour, avec son concurrent communiste, Alain Hayot. Sauf à prendre le risque de faire le jeu de la droite républicaine qui se tient, ici, en embuscade.

 

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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:35

EN BAISSE

 

source : Le Nouvel Observateur le 08/03/2001

 

Catherine Mégret, maire MNR de Vitrolles et candidate à sa propre succession, va devoir modifier ses tracts électoraux jugés discriminatoires par le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence. Elle n'est autorisée à les distribuer qu'en y faisant figurer la mention « contraire à la loi ».

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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:35


Vitrolles : la gauche peut gagner

 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 12 mars 2001.

 

De notre correspondant régional.

 

Trois Vitrollais sur quatre se sont rendus aux urnes hier dans une ambiance assez tendue. D’ailleurs pour le citoyen Denis Lebon cette journée électorale s’est terminée au commissariat, ce responsable local de Ras l’front ayant été placé sous protection policière après avoir subit une agression dans un bureau de vote. Des renforts de police avaient été dépêchés qui ont dû s’interposer dans la soirée entre des jeunes à l’esprit échauffé et des gros bras de la mairie aux alentours de l’hôtel de ville.

 

À 18 heures, heure du début d’un dépouillement qui devait s’achever très tard dans la soirée, la commission électorale annonçait 73 % de votants, soit 4 points de moins qu’en 1997, année d’élection de Catherine Mégret à la majorité absolue. Cette fois pour l’épouse du maire consort partie tenter sa chance à Marseille la partie s’annonce difficile. Sa liste est certes en tête au premier tour avec un score avoisinant les 40 % d’exprimés et distançant la droite de plus de vingt points mais reste derrière le total des voix de gauche. Les électeurs avaient en effet à arbitrer un débat entre les colistiers du conseiller général socialiste Dominique Tichadou (qui obtient près de 23 % des suffrages) et la liste citoyenne emmenée par le vice-président communiste du conseil régional Alain Hayot qui réalise un peu plus de 15 %, une liste d’extrême gauche obtenant près de 3,5 %.

 

Dès les principales tendances confirmées, Dominique Tichadou et Alain Hayot se sont rencontrés pour rédiger une déclaration commune. Pour le responsable communiste " le fort score de Mégret suscite l’inquiétude dans la mesure où la gauche n’a pas suffisamment mobilisé. Mais nous pouvons gagner dimanche prochain si nous sommes capables de rassembler tous les républicains et les forces de la vie ". Dans cet esprit Alain Hayot citant Aragon (" Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat ") a demandé à la droite vitrollaise de prendre clairement ses responsabilités afin qu’à coup sûr la ville soit enfin débarrassée des forces de la haine.

 

Philippe Jérôme

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2 janvier 2006 1 02 /01 /janvier /2006 04:35


Vitrolles : Mégret en minorité

 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 12 mars 2001.

 

De notre correspondant régional.

 

Trois Vitrollais sur quatre se sont rendus aux urnes hier dans une ambiance assez tendue. D’ailleurs pour le citoyen Denis Lebon, cette journée électorale s’est terminée au commissariat, ce responsable local de Ras le front ayant été placé sous protection policière, après avoir été blessé aux yeux dans un bureau de vote. Des renforts de police avaient été dépêchés, notamment autour de l’hôtel de ville, au moment où commençait le dépouillement.

 

À dix-huit heures la commission électorale annonçait 73 % de votants soit quatre points de moins qu’en 1997, année d’élection de Catherine Mégret à la majorité absolue. Cette fois, pour l’épouse du maire consort (élu en 1995), parti tenter sa chance à Marseille, la partie s’annonce difficile. Les premières centaines de bulletins dépouillés placent certes sa liste en tête (entre 35 et 40 % des exprimés), et distançant la droite unie (entre 15 et 20 %), mais derrière le total des voix de gauche.

 

À Vitrolles les électeurs avaient à arbitrer un débat, où une liste d’extrême gauche avait mis son grain de sel, entre les colistiers du conseiller général socialiste Dominique Tichadou (qui obtiendrait entre 25 et 30 % des voix) et la liste citoyenne emmenée par le vice-président communiste du conseil régional, Alain Hayot, (entre 15 et 20%). Catherine Mégret a-t-elle fait au premier tour le plein de ses voix ? Ses opposants, y compris le chef de file de la droite Christian Rossi, en sont convaincus. Hier soir, la parenthèse Mégret a commencé à être refermée.

 

Philippe Jérôme

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