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Pour mieux connaitre  l’histoire politique de Vitrolles, gérée pendant 5 années (1997 - 2002) par l'extrême droite et le couple Bruno et Catherine MEGRET, plus de 200 articles de presse sont à votre disposition (colonne de droite, rubrique "thèmes" sur ce blog). A l'heure de la banalisation de l'extrême droite, un devoir de mémoire s'impose avec l'expérience vécue à  Vitrolles.

Cette histoire politique est désormais complétée par des vidéos que vous pouvez retrouver dans le thème "l'histoire politique de Vitrolles en vidéo", dans la colonne de droite. Cette rubrique sera renseignée au fil du temps.

@ DH
1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:10


L’invité de la semaine Loïc Taniou Directeur du Sous-marin de Vitrolles

 
Octobre rouge, Octobre noir.
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 14 octobre 2002.

 

Le 6 octobre 2002, enfin, la ville de Vitrolles est libérée du joug de l’extrême droite et du couple " ubuesque " des Mégret. Ce fut un grand soir. Une page farfelue et tragique de l’histoire politique se tournait enfin. Pour beaucoup de personnes, d’associations, pour nous, ce fut un grand moment de bonheur, de soulagement. Cela représentait une belle mais un peu tardive conclusion à de nombreuses années de lutte, de souffrance, de résistance où nous avons tous connu des moments de doute, et heureusement de grands moments aussi, des joies, de petits instants de bonheur partagés, de rencontres, où nous avons croisé de nombreux visages et de nombreuses figures qui nous ont aidés à tenir, qui ont nourri notre combat. Ce combat, cette résistance à l’extrême droite, le Sous-marin, comme certaines associations, en est devenu le symbole, le porte-drapeau. Lourde responsabilité, où il faut mener à bien le combat, réfléchir, faire le moins d’erreurs possible, développer des initiatives, tenir la distance.

 

En effet, le Sous-marin a connu une forte médiatisation, car nous avons été durement frappés par la politique anticulturelle, antisociale, antijeune développée par la municipalité d’extrême droite des Mégret. Catherine Mégret a été élue maire de Vitrolles en février 1997, suite à une annulation des élections précédente. En juin 1997, notre association voit sa subvention municipale supprimée, " pour programmation trop cosmopolite et développant les mauvais instincts de la jeunesse " et parce qu’elle refuse toute censure de son projet artistique.

 

Notre association continue d’exister et participe activement à la résistance culturelle et citoyenne qui se développe progressivement sur Vitrolles, notamment en mettant sa salle de spectacles à disposition des associations pour qu’elles puissent avoir un lieu public où se réunir, rencontrer leurs adhérents, leurs publics, organiser leurs manifestations. Dans la salle du Sous-marin, à 50 mètres de la mairie, un espace de citoyenneté et de résistance se développe. Au mois de juin 1997, lors de la grande manifestation Un jour à Bordeaux organisée par le groupe Noir désir, où nous sommes invités à venir débattre, nous rencontrons les membres du groupe que nous connaissions déjà, et demandons à Bertrand Cantat, le chanteur, s’il veut bien devenir président de notre comité de soutien pour nous aider dans le dur et long combat qui se profile à l’horizon. Bertrand accepte de suite, simplement, facilement.

 

Nous organisons ensuite un grand concert de soutien au Stadium de Vitrolles, avec Noir Désir et de nombreux artistes. Devant le succès, la forte mobilisation et la médiatisation du combat du Sous-marin, le lundi matin, la municipalité " pète les plombs ", casse les panneaux de verres de notre salle, y entre par effraction, arrache notre enseigne et mure le Sous-marin.

 

Ce jour d’octobre 1997, en France, une salle de spectacle de 350 places, un lieu culturel, de vie et de rencontres pour les jeunes, se voit muré. Dès lors, commence un long combat, qui a terme doit voir l’une des deux parties abdiquer.

 
 

Article paru dans l'édition du 17 octobre 2002.

 

Février 1997, Vitrolles connaît l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite avec l’élection de Catherine Mégret, suite à une invalidation des élections de 1995. Les annulations des élections sur Vitrolles deviendront un classique. Une atmosphère pesante règne désormais sur la ville. Elle est comme coupée en deux. Une période de torpeur s’installe. La municipalité FN, qui deviendra par la suite MNR, commence à élaborer son plan d’action.

 

Des inquiétudes se font sentir. Nous sommes carrément convoqués par Brigitte Marandat, l’élue à la culture, pour parler de notre association. Cette dernière nous explique que " notre programmation développe les mauvais instincts de la jeunesse " et qu’il nous faut " revenir à quelque chose de plus français, de plus traditionnel et provençal ". On lui pose la question pour rigoler, à savoir si Massilia Sound System, ça le fait... Un drôle de dialogue s’en suit. Quelques semaines plus tard (juin 1997), les Mégret passent à l’action, premières mesures : suppression de subventions à certaines associations qui ouvrent dans le social et le culturel (dont la nôtre), licenciement des éducateurs de rue, des agents de prévention de la délinquance, des directeurs des maisons de quartiers...

 

Face à cette situation, un large pan du tissu associatif de Vitrolles s’organise à travers une coordination associative. Au Sous-Marin, on sait très bien que nous sommes dans le collimateur, car nous accueillons dans notre " café-musiques " de nombreuses associations pour qu’elles puissent s’organiser, rencontrer leurs adhérents. De notre côté, nous nous défendons grâce à une bonne communication et la mise en route d’une veille médiatique. Nous ne désirons pas rester seuls dans ce combat. On rencontre Noir Désir, de nombreux artistes... Bref, le combat se précise. Nous devenons une cible évidente. En Octobre de cette année-là, nous organisons un grand concert avec Noir Désir, Massilia Sound System, Miossec, les Thugs, Burning Heads, Biocide pour renflouer le Sous-Marin.

 

Le lundi matin, le Sous-Marin se retrouve muré par la municipalité, et son équipe se voit diffamée : " La drogue circule sous le manteau ; lieu de perdition pour la jeunesse ; vente illicite d’alcool ; recel de fausse monnaie." La totale ! Nous engageons un long, très long combat juridique, qui mettra de nombreuses années pour voir enfin la justice française condamner les Mégret et leur équipe pour diffamation, fermeture illégale du Sous-Marin, rupture abusive de convention... Mais en attendant, les Mégret sont médiatisés, et finalement avec du recul, on se rend compte qu’ils ont ainsi bénéficié d’une campagne médiatique nationale. Comme le dit si bien Noir Désir, leurs idées sont passées...

 

Mais nous n’abdiquons pas, au contraire. Nous organisons avec la Fédurok (Fédération nationale de lieux de musique amplifiée) une tournée " Musiques et citoyenneté " dans toute la France pour expliquer ce qu’il nous est arrivé, débattre du " délit de sale musique ", interpeller les jeunes, les politiques, essayer de réactualiser la citoyenneté, faire reconnaître le droit aux musiques actuelles d’exister convenablement. Cette tournée aura été un moment fort de débat, de rencontre, mais on voit malheureusement combien aujourd’hui les choses n’ont finalement pas si avancé que ça...

 

Article paru dans l'édition du 18 octobre 2002.

 

Face à la politique antisociale, anticulturelle, antijeunes de la municipalité d’extrême droite, notre association s’inscrit dans une résistance de longue durée, essayant de multiplier les initiatives culturelles, si possible sur Vitrolles pour les ateliers, mais dès qu’il s’agit de retrouver notre public, nous sommes obligés de travailler en périphérie.

 

Nous commençons alors une longue période " hors les murs ", qui nous permet de rencontrer régulièrement notre public, de programmer des têtes d’affiches et des artistes la scène musicale émergente (High Tone, Ezekiel), d’aider des groupes de la région à travers des accompagnements à émerger (Raspigaous, Watcha Clan, Ba Cissoko-Yvi Slan et d’autres) à travers des enregistrements live, des éditions de CD. Et bien entendu, de développer de nombreux projets inter associatifs, des interventions en milieu scolaire, en centres sociaux. Nous arrivons même à dresser un chapiteau de cirque pour un grand festival dans le Sud " la Tête dans les étoiles ", où seront programmés Sergent Garcia, Arthur H, Sinsémilia, Massilia Sound System, Marcel et son orchestre, Mano Solo, le comique algérien Fellag, un repas de quartier, des initiatives associatives. Un moment fort où l’on retrouve durant un mois, un lieu à nous.

 

Mais le combat est long, le nomadisme, même s’il possède beaucoup de charme, reste quelque chose de précaire et épuisant : on monte, on démonte sans cesse, les coûts de production sont élevés. Cependant, les élections municipales de mars 2001 se profilent à l’horizon, avec l’espoir de voir une longue lutte de souffrance et une longue période de nomadisme précaire, enfin se terminer. En amont, nous travaillons avec Louise Attaque et de nombreux artistes à faire un état des lieux, à rétablir le dialogue et la reconstruction le tissu associatif. L’alternance politique semble largement possible relançant une dynamique pour retrouver un lieu de vie et d’animation. Malheureusement, le combat politique n’a pas été à la hauteur des enjeux, il a été gâché, les élections sont perdues bêtement.

 

Dès lors, la fatigue, le désespoir se font sentir. De guerre lasse, l’extrême droite risque d’arriver à ses fins. En tant qu’association, nous ne pouvons plus vivre à Vitrolles. Nous décidons d’engager un certain nombre de démarches pour trouver une ville susceptible de l’accueillir, une ville qui se sent concernée par le développement d’action culturelle et sociale originale, en direction notamment des jeunes et de son tissu associatif. Et si cet ensemble de démarches échoue, nous décidons de saborder le navire, de dissoudre l’association.

 

C’est la ville de Gardanne, cité minière, située entre Aix et Marseille, pas très loin de Vitrolles, qui nous accueille. Nous pouvons, grâce au courage politique de son maire, Roger Meï, de son élu à la culture, Mustapha El Miri, retrouver un second souffle.

 

Mais si le nomadisme, le " hors les murs " reste une belle aventure et est désormais partie prenante de notre projet culturel, nous avons besoin de retrouver un lieu permanent, d’expression, de rencontre et de vie. Un lieu que nous méritons, après avoir été un des premiers " café musiques ", issu d’un vrai projet culturel, initié par des jeunes et perdu illégalement à cause d’une municipalité d’extrême droite.

 

Nous en sommes là, aujourd’hui, à interpeller à nouveau le monde politique, nos partenaires publics (ministère de la Culture, conseil général, conseil régional) pour qu’une vraie solution soit trouvée, après cinq ans de lutte, de résistance, de fatigue. C’est, nous semble-t-il, un juste droit, nous n’avons jamais baissé pavillon.

 

Ce soir, festival de reggae avec Jamaïcan all stars et demain festival de hip-hop à la Maison du peuple à Gardanne.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:09


A Vitrolles, le MNR boycotte l'élection de Guy Obino (PS)

 

Article paru dans l'édition du Monde du 15.10.02

 

Le socialiste Guy Obino a été élu, dimanche 13 octobre dans la matinée, maire de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) à l'unanimité des 30 membres du conseil municipal présents. Bruno Mégret et les 9 élus du MNR, en l'absence de Catherine Mégret, avaient en effet tenu une conférence de presse peu avant pour expliquer les raisons de leur boycott du premier conseil tenu depuis le vote du 6 octobre. Pour le dirigeant du MNR, « le processus électoral a été fondé sur une annulation partisane et arbitraire du précédent scrutin, puis sur une campagne basée sur une espèce de référendum pour ou contre l'extrême droite, alors que nous ne sommes pas l'extrême droite, et qu'il s'agissait avant tout de parler de la gestion de la ville ».

 

Interrogé sur son avenir, puisqu'il doit désormais choisir entre le conseil municipal de Marseille, où il est élu, et celui de Vitrolles, où il vient d'entrer, M. Mégret a déclaré : « J'étais sur la liste pour apporter mon soutien à une équipe municipale. Dès lors qu'on ne gère pas la ville, mon soutien sera différent. » Ce qui, malgré ses dénégations, laisse supposer qu'il va abandonner Vitrolles. La désignation du vitrollais Alain Césari, l'un des plus anciens militants d'extrême droite de la ville, à la tête du groupe d'opposition au conseil municipal conforte cette hypothèse.

 

Solennellement réunis dans la grande salle du conseil municipal, les nouveaux élus, tous sur leur trente et un, ont été accueillis par la commission spéciale qui avait pris les rênes de la ville depuis l'annulation du scrutin de mars 2002. Le public, acquis à la cause de la nouvelle équipe, filtré par un important dispositif policier, n'a cessé de manifester bruyamment sa joie. Le premier adjoint, socialiste, le deuxième, communiste, le troisième, Vert, ainsi que les suivants ont tous été élus avec les 30 voix prévues, chaque proclamation des résultats étant saluée par une salve d'applaudissements. « L'AMPLEUR DES DEGATS »

 

Après avoir reçu les clés du bureau du coffre-fort du maire, M. Obino, costume gris anthracite impeccable, assez impressionné, a lu son premier discours de maire. « Aujourd'hui, Vitrolles est libre. La République revient dans sa maison avec ses valeurs », a-t-il commencé, avant d'évoquer « l'ampleur des dégâts occasionnés par les cinq années de la gestion précédente », annonçant avoir découvert qu'il y avait « 1 600 fiches de paie, alors que le nombre de titulaires ne s'élève qu'à 833 personnes ».

 

Le nouveau maire a pourtant confirmé son engagement, malgré « la situation financière catastrophique », de ne pas augmenter les impôts. Ses conseillers, dont certains avaient la larme à l'œil, l'ont applaudi debout avant de sortir avec lui. Sur le parvis de la mairie, une petite foule de 200 supporteurs les ont accueillis avant une cérémonie protocolaire au monument aux morts.

 
MICHEL SAMSON
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:05



Vitrolles Politique. Une semaine après la défaite de l’extrême droite, rencontres avec les acteurs du changement, élus et citoyens.

 


Vitrolles : 72 heures en République (*)

 
 
 
 
 

En place depuis dimanche dernier, la nouvelle municipalité découvre le champ de mines laissé par l’extrême droite et met en place sa politique.

 
 
 
Vitrolles (Bouches-du-Rhône),
 
 
 
Envoyé spécial.
 
 
 
Dimanche 13 octobre 2002, 10 heures, hôtel de ville.
 
 
 

Le PV de ce conseil municipal portera : " Applaudissements nourris ". Dans le show-biz, on dirait " standing ovation ", ici, plus simplement : retour à la République.

 
 
 

Rappel des résultats du second tour de l’élection municipale de Vitrolles : liste Obino : 8 089 voix ; liste Mégret : 6 878.

 
 
 

Appel des 39 conseillers municipaux élus, 30 gauche, 9 MNR. " Mme Mégret Catherine " : silence, puis sifflets. " M. Mégret Bruno " : silence, puis sifflets. Les élus MNR ont décidé de boycotter la première séance de ce nouveau conseil municipal. · quelques kilomètres de là, Mégret donne une conférence de presse. · Marignane, précisément, dans la ville gérée par son " ami ", Daniel Simonpieri, encore MNR mais que l’on annonce à l’UMP. " Nous voulons ainsi montrer notre réprobation à l’égard de ce processus électoral truqué et orchestré par un système politique peu soucieux d’équité et de démocratie ", délire Bruno Mégret.

 
 
 

Retour à Vitrolles. Élection du maire : 30 présents, 30 votants, 30 exprimés, 30 voix pour Guy Obino (PS). " Nous déclarons M. Obino, maire de Vitrolles. " Certains ne peuvent s’empêcher de verser une petite larme. Guy Obino déploie sa grande carcasse, s’empare de son discours et lit : " Aujourd’hui, Vitrolles est libre, la République revient dans sa maison avec ses valeurs. Les élus qui sont autour de cette table sont là pour servir et non pour se servir. Ce sont les travailleurs des chantiers qui nous attendent. " Il énumère ensuite ces fameux chantiers, autant dire des champs de mines :

 
 
 

- Assainir les finances de la ville : un audit complet confié à un organisme indépendant.

 
 
 

- Restructurer les services publics, non plus au service du maire ou d’une idéologie mais exclusivement destinés à tous nos concitoyens. Un audit sera également commandé sur l’organisation des services et la gestion du personnel. · cet effet, la police va se redéployer équitablement dans toute la ville, les espaces verts seront entretenus dans tous les quartiers.

 
 
 

- Retisser le lien social dans la vie associative, avec les sportifs, les milieux culturels et sociaux, l’école. La culture et la fête doivent retrouver leur place à Vitrolles.

 
 
 

- L’économie : 21 % de chômeurs à Vitrolles, 1 053 érémistes dans une ville d’un peu moins de 40 000 habitants.

 
 
 

- Un projet quartier par quartier. Nous irons à la rencontre de chacun des habitants.

 

Conclusion : " Nous allons remettre Vitrolles dans la normalité républicaine. "

 
 
 

Pour finir, cette première séance " historique ", le conseil municipal procède à l’élection des 11 adjoints : 5 PS, 3 PC, 1 Vert, 1 radical de gauche, 1 Pôle républicain.

 
 
 
Dimanche, 11 h 45, place de l’Hôtel-de-Ville.
 
 
 

C’est la première photo de famille, rythmée autant par les flashes des photographes que par les recommandations de Vitrollais : " Vous allez nous remettre tout ça en place ", " Au travail, maintenant ". La victoire est encore plus douce lorsqu’elle est lucide. Un conseiller municipal indique d’un mouvement de tête le marché, tout proche : " Vous voyez, là, entre les étals de fruits et les vêtements au bout, il y a une centaine de personnes. Eh bien, 46 ont voté Mégret. Il ne faut pas l’oublier. " Et que pensent les 37,44 % d’abstentionnistes ?

 
 
 

Dimanche, 11 h 50, place de Provence, ex-place Nelson-Mandela.

 
 
 

Les noms changent, le traditionnel marché dominical reste. Bientôt la place devrait retrouver le nom du président sud-africain. Comme on ne devrait plus emprunter l’avenue Jean-Pierre-Stirbois.

 
 
 

Un vieux ronchon prend sa place dans la file d’attente à la fromagerie, jette un regard vers la place de l’Hôtel-de-Ville et s’adresse à sa voisine : " Y’a pas beaucoup de Français là-bas. "

 
 
 

Près des fruits et légumes, une mère de famille s’emporte : " Je l’ai vu à la télé, l’autre, elle a fait un bras d’honneur à ceux qui ont pas voté pour elle. Qu’elle retourne à Paris, moi j’suis chez moi ici à Vitrolles. "

 
 
 
Sa copine : " Mais, calme toi. "
 
 
 

" Et encore, j’ai pris un calmant ce matin. "

 
 
 
Lundi, 10 heures, bar de l’Hôtel de Ville.
 
 
 

Avant-hier : " Je suis un syndicaliste entré en politique par réaction à Mégret. " Hier : " Tout le monde a intégré le fait que c’était maintenant ou jamais. " Pour Philippe Gardiol, la boucle pourrait être bouclée : Mégret parti, conscience tranquille. Mais, après avoir conduit, à Marignane, une liste Verts-PCF, le responsable des Verts à Vitrolles a accepté de prendre des responsabilités au sein de la nouvelle municipalité. Aujourd’hui : il est adjoint au maire chargé de l’Environnement. Un Vert à l’Environnement, c’est un peu téléphoné, non ? " Les Verts ne sont pas très puissants sur Vitrolles, donc nous voulons d’abord agir là où on nous attend ". Premier chantier : la création d’une Maison verte, avec une nouvelle méthode de décision, sorte de moteur à trois temps : 1. État des lieux, 2. Élaborer avec les citoyens un plan d’action communale et proposer des financements, 3. Présenter le projet devant le conseil municipal.

 
 
 
Lundi, 17 heures, hôtel de ville.
 
 
 

Si le cour était au lyrisme, ce pourrait être une énumération à la Prévert : fermeture du théâtre de Fontblanche et de l’école du cirque, fréquentation en baisse des bibliothèques, institution de comités de lecture, saccage des ateliers culturels avec les scolaires, fermeture du cinéma. Marie-Hélène Bacci, institutrice, adjointe PS à la culture, reprend son souffle : " Avec ce panneau installé depuis quatre ans, prochainement : ouverture du cinéma. Voilà, prochainement, et puis rien. Il y a eu une volonté de destruction. "

 
 
 

Priorités de la reconstruction : la réouverture du théâtre de Fontblanche et du cinéma, ainsi que la création d’une médiathèque.

 
 
 

Objectif : retrouver le dynamisme culturel, retisser le lien social aussi avec la culture.

 

Espoir : " Nous avons déjà reçu beaucoup de coups de fil de gens qui veulent participer. "

 
 
 
Mardi, 11 heures, bar de l’Hôtel de Ville
 
 
 

" Bon, je vais pouvoir le finir ce café ? " Henri Agarrat sourit de ces interpellations multiples mais la liste de ses compétences en tant qu’adjoint au maire chargé des affaires sociales lui donne tout de même quelques crampes d’estomac : " Le CCAS, le logement, la petite enfance, les érémistes, les chômeurs, les personnes âgées. "

 
 
 

"N’oublie pas le médico-social ", lui glisse sa voisine Pascale Morbelli, aujourd’hui adjoint à la ville et aux quartiers. " J’ai eu affaire à tout ça pendant quinze ans en tant qu’adjoint de prévention dans la ville, alors on s’aide ", ajoute-t-elle. Puis s’adressant à Agarrat : " La CAF m’a appelée : elle n’a aucun acte de validité des structures de halte-garderie. "

 
 
 

" Le barbu ", comme l’appelait Catherine Mégret, conseiller municipal communiste depuis 1989, tête de Turc des mégrétistes et salarié chez Eurocopter, note ce nouveau problème sur un quart de feuille blanche. Pour l’instant, il débroussaille, plonge dans les dossiers. Tous ces collègues n’ont pas cette chance puisque quelques broyeurs ont fonctionné pendant la période de transition entre l’ancienne et la nouvelle équipe.

 
 
 
Mardi, 17 h 30, hôtel de ville.
 
 
 

Un bureau sombre. Une petite table, deux chaises. Comme beaucoup d’autres, Didier Hacquart vit ses premières heures d’élu municipal. Sans bureau. Les clés finiront bien par être retrouvées. En attendant, la discussion s’engage dans ce quasi-placard. Ingénieur à Eurocopter, syndicaliste CFDT, secrétaire de la section PS de l’entreprise, le voilà adjoint au maire chargé du personnel. Sacré baptême de l’air. " Il ne s’agit pas de mener une chasse aux sorcières mais de faire redémarrer la machine municipale en la redimensionnant à la bonne taille. Nous regardons dans le détail les 1 600 fiches de paie trouvées pour 800 statutaires. Si les personnes remplissent une réelle fonction dans les services, pas de problème. Pour les emplois de complaisance, on respectera les engagements et les contrats iront à leur terme. " Combien de démissions à ce jour ? " Zéro. Mais faisons la différence entre ceux qui voulaient faire manger la famille et ceux qui ont eu un rôle actif. "

 
 
 
Mardi, 19 h 30, Cité les Plantiers.
 
 
 

Premier étage d’une petite résidence privée. Autour d’une fondue bourguignonne et d’un haut-médoc 2000.

 
 
 

Lui : grands-parents espagnols, partis de la Sierra Nevada andalouse vers Oran dans les années vingt, puis destination Marseille, via Roubaix, après l’indépendance algérienne ; parents habitant d’abord les quartiers Nord puis Vitrolles.

 
 
 

Elle : mi-bretonne, mi-ch’ti, famille socialiste du Pas-de-Calais.

 
 
 

Lui et Elle travaillent dans la même entreprise à Vitrolles.

 
 
 

Lui : " Ça y est, je n’ai plus honte de dire que j’habite Vitrolles. Après les résultats, on a fait péter le champagne. "

 
 
 

Elle : " Quand je suis arrivée sur Vitrolles, j’étais effarée d’entendre les discussions dans la boîte. Des collègues me disaient que pour eux, c’était un vote sanction. Je leur ai dit que je ne sanctionnerai jamais en votant pour l’extrême droite. C’était froid. "

 
 
 

Lui : " Moi, j’ai grandi à Fontblanche avec Mehdi, Mohammed. Le mec qui a volé les enjoliveurs sur la bagnole de mon père, c’était le fils du voisin qui avait sa carte au MNR. Alors. "

 
 
 

Elle : " Au boulot, il y a un mec qui s’appelle Mehdi. Bon, c’est vrai, il est un peu branleur. Mais personne ne lui adresse la parole, même pas la hiérarchie. "

 
 
 

Lui : " Quand mon frère a reçu sur la tête un couteau avec lequel jouait un gamin, mon père a reçu une lettre de Mégret : " Nous vous soutenons dans votre démarche de plainte. " Un : évidemment, le gamin était arabe. Deux : mon père a dit : " Même s’il n’avait pas à avoir un couteau à l’école, il ne l’a pas fait exprès. " Donc, pas de plainte. "

 
 
 
Mercredi, 9 heures, maison du Droit.
 
 
 

Les plumitifs de Mégret, autrement dit la cellule communication de l’ancienne équipe débarrasse le plancher de l’hôtel de ville et emménage (ironie) à la maison du Droit. Avec à leur tête Damien Barillier, l’une des " éminences grises " des Mégret, plusieurs fois candidat à des élections cantonales. Selon nos informations, son contrat a été prolongé de six mois par la délégation spéciale (chargée de gérer la ville depuis l’invalidation des élections). Vous avez dit bizarre ?

 
 
 
Mercredi, 11 heures, bar de l’Hôtel de Ville.
 
 
 

Soleil d’automne provençal en terrasse. Refrain de Jean Ferrat : " Aimer à perdre la raison ". Dans un rapport de décembre 2001, la chambre régionale des comptes (CRC) notait que les dépenses d’équipement n’étaient que de 106 euros par habitant, contre 229 euros de moyenne régionale. Alain Hayot, communiste, professeur d’université, vice-président du conseil régional, tête de liste communiste et citoyen en 2001 (16 %), actuellement deuxième adjoint chargé de l’urbanisme, de l’équipement et du développement économique, arrive. (Lire notre entretien ci-après.)

 
Mercredi, 12 h 30, centre technique municipal.
 
 
 

Ici, on n’aime pas les photographes. " C’est pour quelle presse ? " vocifère un vigile. Ici, c’est le secteur clé de la logistique de Mégret, le cour du parti-mairie MNR. Ici, " pendant (leurs) heures de service ", des agents du personnel communal ont travaillé à la campagne présidentielle de Bruno Mégret. Ce qui a valu à ce dernier un rejet de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel. Ce qui n’empêche pas le directeur du CTM de jubiler. Il a vu le maire. A entendu : " Il n’y aura pas de chasse aux sorcières. " Et pense avoir vaincu. Mais, pour Philippe Gardiol, il faut une " épuration éthique et politique ".

 
 
 

Ici, travaille depuis quelques mois un certain Mario d’Ambrosio, " stagiairisé " à la va-vite en juillet dernier avec une cinquantaine d’autres, dont nombre de candidats MNR aux dernières élections dans le Vaucluse, en Gironde et dans le Gard. Mario d’Ambrosio n’est autre que l’un des trois colleurs d’affiches du FN, auteurs du meurtre d’un jeune Comorien, Ibrahim Ali, le 21 février 1995 à Marseille. Condamné à dix ans de prison en 1998 puis libéré avant le terme de sa peine, il a trouvé refuge et salaire chez ses amis d’extrême droite. " Cela nous pose un problème moral d’avoir ce genre de personnes dans le personnel municipal ", tranche Didier Hacquart.

 
 
 

Mercredi, 14 h 30, bureau du maire, deuxième étage de l’Hôtel de Ville.

 
 
 

· soixante-cinq ans, le " bon docteur " Guy Obino aime répéter qu’il a accouché " 2 000 bébés " dans sa carrière à Vitrolles. Aujourd’hui, ce sont près de 40 000 Vitrollais qu’il " administre ". Une feuille blanche a été scotchée sur la porte de son bureau. " Qu’est ce que c’est que ça ? " Il soulève. La plaque indique : " Madame le maire ". " Ah ! souffle-t-il. Bon, messieurs les journalistes, allons-y. " (Lire notre entretien ci-après.)

 
 
 
Mercredi, 15 h 30, cité la Frescoule.
 
 
 

Face au collège Claudel, une petite place accueille une petite dizaine de maisons achetées vers la fin des années quatre-vingt en accession à la propriété. La réputation de " quartier chaud " colle toujours à la peau de la Frescoule.

 
 
 

Au premier étage de l’une de ces demeures, les canapés ont été disposés autour d’une grande table de salon. Makrout et thé à la menthe. Il y a là Ourida, Radia, Véronique, Monjia et Zora, mères de famille à la quarantaine combative. On a souvent parlé, ces derniers jours, de libération de Vitrolles. Libération de la parole, c’est sûr.

 

Zoria : " On a gagné, mais il reste 46 % d’électeurs mégrétistes. Et parmi eux, une directrice d’école qui refuse de faire travailler les enfants d’immigrés pendant l’étude. "

 

Ourida : " Ici, il y a beaucoup d’enfants d’Espagnols ou d’Italiens qui ont oublié que leurs parents ont fuit Franco ou Mussolini. "

 
 
 

Monjia : " Avec l’extrême droite à la mairie, certains policiers ou gendarmes se sont sentis " libérés ". On a aussi vu des milices à moto qui coursaient les jeunes du quartier. Alors, les jeunes, ils ont acheté des rottweilers (chiens d’attaque - NDLR). "

 
 
 

Zoria : " C’est pas parce que je m’appelle Zoria qu’on n’est pas venu voler un vélo dans mon garage. "

 
 
 

Véronique : " Je peux vous le dire maintenant : à un moment, j’ai eu honte d’être française, car mes voisins maghrébins pouvaient penser que je votais Mégret. J’ai même failli déménager, tellement je n’en pouvais plus. Maintenant, on peut dire qu’on est fières d’être vitrollaises. "

 
 
 

Zoria : " L’une de mes voisines venait manger le couscous à la maison. Elle critiquait Mégret. J’ai vu son air crispé le soir de la défaite des Mégret et j’ai compris qu’elle avait voté pour eux. "

 
 
 

Monjia : " J’ai voté pour la première fois à trente-cinq ans. Je suis française depuis la naissance, mais dans ma tête, j’étais algérienne et j’ai toujours vécu dans l’idée d’un retour au pays. Mais, depuis que j’habite Vitrolles, je m’occupe de politique. "

 
 
 

Zoria : " Entre les deux tours, on a reçu une lettre signée Amar Bouaziz. Il nous appelait à ne pas voter pour la liste de gauche au prétexte que n’y figuraient pas de personnes issues de l’immigration. D’abord, c’est faux. Ensuite, on a vérifié : ce nom n’existe pas sur Vitrolles. Vous voyez jusqu’où " ils " sont capables d’aller. ".

 
 
 

Monjia : " Bon, allez, maintenant, c’est fini, ou presque ".

 
 
 

Un silence s’installe. Le thé est tiède. Un air de liberté flotte sur Vitrolles.

 
 
 

Christophe Deroubaix

 
Journal l'Humanité
 


Article paru dans l'édition du 19 octobre 2002.

 
 
 
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:00


Du côté de Vitrolles, Mégret jette l’éponge

 

Paru dans l’Humanité du 28/10/2002

 

Le président du Mouvement national républicain (MNR) Bruno Mégret, a démissionné du conseil municipal de Vitrolles, affirmant préférer conserver son siège au conseil de Marseille dans le cadre de la loi sur le cumul des mandats. Le 13 octobre, les neuf élus MNR sur trente-neuf avaient boycotté le premier conseil municipal après que la liste conduite par Catherine Mégret a été battue par la gauche conduite par Guy Obino. Par ailleurs, on apprenait que l’ancien bras droit dans le Sud-Est de Bruno Mégret, Hubert Fayard, a décidé de quitter le mouvement, officiellement en raison " d’un problème de gestion au niveau des finances " du parti. Premier adjoint de Catherine Mégret à Vitrolles de 1997 à 2001, il était considéré comme le véritable gestionnaire de la municipalité. Conseiller régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, il y siégera désormais sous l’étiquette de non-inscrit. Ces départs interviennent au moment où le Conseil constitutionnel vient de rejeter les comptes de la campagne présidentielle de Bruno Mégret sur lesquels la justice enquête et les sévères critiques de la chambre régionale des comptes sur la gestion de la ville.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 18:30

Prison avec sursis requise contre Catherine Mégret
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 4 décembre 2002.

 

Une peine de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité ont été requis lundi devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence à l’encontre de l’ex-maire MNR de Vitrolles, Catherine Mégret, poursuivie pour " provocation à la discrimination raciale ".

 

Catherine Mégret, absente à l’audience, était jugée pour avoir diffusé, lors de la campagne des municipales de 2001, un tract présentant l’immigration comme une " véritable colonisation à rebours ", et pour en avoir repris l’argumentaire dans un discours le 7 mars.

 

En première instance, le 23 novembre 2001, Catherine Mégret, elle, avait été condamnée à cinq ans d’inéligibilité et 7 620 euros d’amende.

 

Le MRAP et la LDH se sont constitués parties civiles dans ce dossier.

 

Catherine Mégret a été battue le 6 octobre à Vitrolles.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 18:00

Vitrolles, Marseille, le grand orient

 

source : Le Nouvel Observateur le 12/12/2002 auteur : Marie-France Etchegoin


De notre envoyée spéciale, Marie-France Etchégoin



C'est un homme politique connu à Marseille. Il ferraille depuis des années. Il a remporté bien des victoires et essuyé autant de défaites. Il a évidemment beaucoup d'ennemis, mais aussi ses réseaux et des entrées dans tous les milieux. Bref, il n'est pas un perdreau de l'année.

 

Et pourtant il vient d'entrer au Grand Orient de France (GODF). Au milieu d'une carrière déjà bien remplie. Il avait, dit-il, été sollicité à maintes reprises. Et puis, récemment, il a rencontré un «frère exceptionnel» qui lui a «donné envie de sauter le pas». «La maçonnerie, explique-t-il, on y entre ou très tôt ou très tard, comme moi. Quand, après une vie hyperactive, on a besoin de faire le point, de se frotter à d'autres exercices intellectuels.» Il a l'air sincère. Mais il ne cache pas qu'il a toujours de hautes ambitions politiques. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il veut garder l'anonymat: «On m'accuserait d'avoir adhéré pour de basses raisons électorales.» Justement, si c'était aussi le cas? Si, à Marseille comme ailleurs, les amitiés maçonnes étaient incontournables, en tout cas utiles, pour réussir - ou rebondir - en politique?


C'est la règle du genre chaque fois que l'on s'interroge sur l'engagement maçon. Aussitôt surgissent les soupçons. Qu'est-ce qui peut bien pousser quelqu'un, dans la société d'aujourd'hui, alors que la liberté de réunion et d'expression est totale, à devenir membre d'une organisation secrète, ou du moins discrète?
A Marseille et dans les environs, les frères qui acceptent de s'exprimer mettent tous en avant de nobles motivations. «Après avoir milité dans des associations, et même quelque temps au PS, assure un novice trentenaire, ingénieur de son état, j'ai enfin trouvé un lieu où l'on peut confronter ses idées sans enjeux de pouvoir.» Il parle de sa récente entrée en maçonnerie avec les yeux qui brillent. Comme Jean-Paul Brunel, un homme d'affaires qui vit à Aix-en-Provence et qui a créé la loge Art et Fraternité, affiliée au Grand Orient de France. «On nous demande toujours pourquoi on devient franc-maçon, dit-il. La question est vaine. Est-ce qu'on peut expliquer pourquoi on tombe amoureux ? La démarche maçonne est du même ordre. Elle est passionnelle.» Et exponentielle.


Paradoxalement, alors qu'elles ont été tant décriées ces dernières années à cause de leurs brebis galeuses affairistes, toutes les obédiences, en Provence comme partout en France, recruteraient à tout va. «Nos effectifs n'ont jamais été aussi importants, dit Jean-Paul Brunel, qui a aussi des responsabilités nationales (il est l'un des deux adjoints du grand maître du GODF, Alain Bauer). Dans la région, nous comptons plus de cent loges. L'effondrement des idéologies, le discrédit des partis politiques, la perte des valeurs républicaines ne sont pas pour rien dans ce regain d'intérêt.» A l'entendre, Marseille et sa région renouent avec une tradition flamboyante. La ville a été longtemps une place forte de la maçonnerie. Elle aligne quelques devanciers illustres, de Gaston Crémieux à Joseph Bonaparte (lire ci-dessous).


Sans remonter au siècle des Lumières, ou au xixe siècle, époque où nombre d'«esprits éclairés» et de personnalités influentes locales affluaient dans les loges, Marseille a toujours dû compter avec ses francs-maçons. Après guerre, toute une génération d'hommes et de femmes, plutôt à gauche et qui avaient parfois combattu ensemble dans la Résistance, se sont formés dans les temples. Ils ont eu une forte influence dans la vie politique marseillaise. «Il y a dix ou quinze ans, affirme Michel Pezet, le conseil général était très maçon.» Son ancien président (socialiste), Louis Philibert, n'a jamais affiché son appartenance de son vivant, mais il l'a revendiquée à sa mort en demandant des obsèques maçonniques.


Gaston Defferre, le Parpaillot, n'avait pas de sympathie particulière pour les frangins. Pour en parler, il usait d'une expression familière et peu amène: «Celui-là, il est de la carlingue.» Et, quand on essayait de le recruter, il avait coutume de répondre: «D'accord, mais je veux être tout de suite grand maître!» Pourtant, comme de Gaulle, il pensait que si les maçons ne sont pas assez nombreux pour qu'on s'y intéresse, ils le sont trop pour qu'on les ignore. Beaucoup de ses adjoints étaient maçons: Bastien Leccia, Antoine Andrieux ou Charles-Emile Loo, qui fréquentait la loge Amitiés latines de la Grande Loge de France (GLF). «Mais, dit un élu de l'époque, ce qui intéressait Gaston chez ces hommes, c'était autant leur label maçon que les autres réseaux qu'ils entraînaient derrière eux. Loo avait les dockers et les gens du port avec lui. Andrieux, le syndicat des taxis. Defferre voulait être au centre de tous les réseaux.» Robert Vigouroux, son successeur, lui, ne cherchait pas à être au centre. Il désirait être «au-dessus», au-dessus des partis, des clans. Bousculant les clivages traditionnels, pour prendre la mairie lors des municipales de 1989, il s'est appuyé sur la «société civile», et donc aussi sur certains maçons qui étaient encore des électrons libres.


C'est ainsi que Francis Allouche est entré en politique. Ce chirurgien-dentiste, aujourd'hui élu socialiste au conseil régional Paca, a été initié à l'âge de 21ans. Il incarne une vieille tradition, celle des maçons de père en fils. En Algérie, tous ses ancêtres, des pieds-noirs, appartenaient à la loge de Batna, dans les Aurès, ou à la loge Cirta de Constantine. «Quand je suis arrivé à Marseille en 1961, raconte-t-il, la maçonnerie m'a permis de retrouver les solidarités que j'avais perdues en m'expatriant, tout en prenant de la distance vis-à-vis d'une communauté pied-noire qui vivait alors dans l'esprit de revanche.» Au GODF, il a grimpé les échelons jusqu'à devenir, à une époque, grand orateur ou adjoint du grand maître.


Et puis un jour, Robert Vigouroux est venu le trouver. «J'essaie de construire une force en rupture avec le microcosme, lui dit-il. Vos valeurs sont les miennes. Venez sur ma liste.» Ce que fit le chirurgien-dentiste. Evidemment, pour nombre de maçons marseillais, la présence de frère Allouche fonctionna comme un signal de ralliement.


Jean-Claude Gaudin ne s'est pas taillé la même réputation. Même s'il a, lui aussi, des frères dans son entourage. Généralement affiliés à la Grande Loge de France, obédience réputée moins à gauche, plus axée sur la réflexion «spirituelle» que sociale, contrairement au Grand Orient de France. «C'est une idée fausse, dit Michel Barat, grand maître de la GLDF. A la Grande Loge de France de Marseille comme ailleurs, toutes les familles politiques sont représentées, excepté le Front national. Nous avons des initiés proches de Gaudin comme nous avons des socialistes.» De fait, les anciens adjoints de Defferre - Bastien Leccia, Antoine Andrieux ou Charles-Emile Loo -, bien qu'à gauche, étaient à la GLDF. A l'époque déjà, ce n'était pas le clivage droite/gauche qui départageait les obédiences, mais plutôt les convictions religieuses: en gros, les athées allaient au GODF, les autres à la GLDF.


Aujourd'hui, parmi les proches de Jean-Claude Gaudin, on trouve donc des frères de toutes les «couleurs maçonniques». Jean Roatta, député UMP, appartient, lui, depuis vingt ans à la Grande Loge Nationale de France (GLNF), la troisième obédience en nombre d'adhérents dans la région après le Grand Orient et la Grande Loge. Il s'en explique ici pour la première fois, tout en signalant qu'il s'est récemment mis en congé de sa loge. «Je ne me suis pas mis entre parenthèses par désaccord, explique-t-il. Simplement l'engagement maçonnique réclame du temps, de l'investissement. Je suis un maçon passionné, et je me refuse à l'être à moitié. Uniquement pour le "titre". » Pourquoi est-il devenu maçon? «Pour préserver, répond-il, des valeurs oubliées dans un monde qui détruit trop souvent l'humain.» Et aussi, précise-t-il, parce que «la maçonnerie décrispe la politique». Pour parler plus trivialement, elle met de l'huile dans les rouages.


Il y a, à Marseille, une fraternelle des élus, qui rassemble des politiques venus de différentes obédiences et de différents partis. On y cultive des solidarités «transcourants» qui peuvent parfois débloquer des situations. Exemple? Il y a trois ans, une grève de la Régie des Transports marseillais paralyse la ville pendant plusieurs semaines. Jean-Claude Gaudin nomme un premier médiateur, qui échoue dans ses négociations avec les grévistes. Francis Allouche raconte la suite: Raymond Sangiuolo, doyen de la faculté d'odontologie de Marseille, élu régional gaudiniste, mais aussi franc-maçon, persuade le maire de faire entrer en scène un nouveau négociateur. Il faut, explique-t-il, trouver un homme marqué à gauche, mais pas sectaire, et qui entretient de bonnes relations avec les syndicats, où gravitent bon nombre de frangins. Et de proposer le frère Francis Allouche, le chirurgien-dentiste. Lequel négocie tout un week-end et assure aujourd'hui avoir trouvé des solutions pour mettre fin à la grève.


Face au Front national aussi, les maçons ont essayé de trouver des terrains d'entente. Lors des dernières élections à Vitrolles (où, après la prise de pouvoir des Mégret, le GODF s'était empressé de créer une loge symboliquement baptisée Liberté-Egalité-Fraternité), des élus de droite sont venus soutenir le candidat de gauche au second tour alors qu'aucune consigne n'avait été donnée en ce sens par Jean-Claude Gaudin. «Ce sont les liens tissés dans les loges et l'idéal maçon, viscéralement anti-extrême-droite, qui ont permis ce sursaut républicain», assure un élu de droite.

 
Le réflexe pourtant n'a pas toujours joué. Lors de la première élection du maire FN Daniel Simonpieri, à Marignane, les «républicains» sont partis au combat en ordre dispersé. Trois candidats se sont présentés contre le lepéniste. Tous les trois maçons ! Comme le dit joliment la députée socialiste Sylvie Andrieux, la maçonnerie est une grande dame, mais les maçons n'en sont pas moins des hommes!». Et la fraternité ne résiste pas toujours aux dures réalités du monde profane. «Dans le PS marseillais, dit-elle encore, les batailles les plus sanglantes opposent souvent des initiés.»


Sylvie Andrieux - qui n'avait jusqu'ici jamais fait publiquement état de son appartenance - milite à l'obédience mixte du Droit humain. «J'y suis entrée à l'âge de 20ans, la moitié de ma vie.» Son engagement est un héritage familial, transmis par son père, Bernard. Mais aussi par son parrain, Daniel Matalon, armateur juif, ancien député des Bouches-du-Rhône, qui s'était présenté contre Gaston Defferre en 1965. «Mon père n'a jamais fait de prosélytisme, dit-elle. Mais j'ai baigné toute mon enfance dans cette atmosphère. La maison familiale a été construite par des compagnons du tour de France. J'assistais fascinée, avec mon père, aux rituels des fêtes de chantier.» Ce qu'elle trouve aujourd'hui dans sa loge? «Une émulation intellectuelle en dehors de toute compétition. Comme on dit dans notre langage, je laisse les métaux à la porte du temple.» Et Dieu, ou le Grand Architecte de l'Univers, sait combien ces métaux sont lourds dans la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône.


La franc-maçonnerie marseillaise est donc toujours vivace. Mais comment mesurer son influence dans la vie sociale et politique? Les sœurs et les frères eux-mêmes sont tiraillés entre le désir de prouver que leur engagement a du poids et du sens et la crainte d'apparaître comme une confrérie occulte qui tire les ficelles dans l'ombre. Avis d'un non-initié, Philippe Sanmarco, ancienne figure du Parti socialiste marseillais qui en a claqué la porte pour fonder la Convention citoyenne: «Disons que la franc-maçonnerie participe de la transversalité des rapports sociaux, qui est l'une des caractéristiques de cette ville. Ici, il n'est pas rare que le chauffeur de taxi tutoie le bourgeois, que le docker tape dans le dos du PDG. On se demande pourquoi. Réseau corse, politique ou maçon ? On ne sait jamais exactement. Je dirais que le réseau maçon n'est pas un réseau de plus. C'est un réseau dans les réseaux, celui qui les coupe tous.» Lui a toujours refusé de rejoindre une loge, bien que, souligne-t-il, «les maçons appartiennent à une famille intellectuelle dont [je] me sens proche». Mais il accepte d'aller plancher sur différents sujets de société lors de «tenues blanches» ouvertes aux profanes. «J'y ai rencontré un public de qualité, dit-il. 80% de QI à deux chiffres ! Ils sont évidemment des relais d'opinion importants. S'ils ne vous connaissent pas, si vous les négligez en dehors des périodes électorales, ils peuvent être facilement contre vous. Cela dit, il ne faut pas leur attribuer plus de pouvoir qu'ils n'en ont.» Mais Philippe Sanmarco précise aussi: «Dans les périodes difficiles, je me suis toujours trouvé à nu. Alors que, pour d'autres, les feux rouges passaient soudain mystérieusement au vert. Certaines procédures disparaissaient, sans que cela soit forcément illégal d'ailleurs. Bref, je constate que, les gens protégés, ça existe. Qu'ils soient maçons ou appartiennent à d'autres réseaux»


Les maçons de Marseille et des environs n'ont jamais été véritablement éclaboussés par les affaires, mis à part dans le Var (voir encadré ci-dessus). Le Grand Orient et la Grande Loge de France s'enorgueillissent d'avoir toujours su faire le ménage parmi leurs membres. C'est plus à l'est, à Nice, que des maçons indélicats ont défrayé la chronique. Et le plus souvent ils appartenaient à la GLNF. «Des gens malhonnêtes, il y a en a chez les maçons comme partout, dit Jean Roatta, membre de cette obédience si fraternellement décriée. Il faut les radier, les "éliminer". »


Même si Marseille n'est pas Nice, combien de fois entend-on tel ou tel vous expliquer que si un marché lui a échappé, si une promotion lui a été refusée, si une enquête judiciaire s'est ensablée, c'est forcément que les réseaux francs-macs ont joué? Un avocat affirme, par exemple, qu'au moins un tiers des juges consulaires au tribunal de commerce sont des initiés. Il assure, sans citer de cas précis, que certains arrangements dans des procédures de liquidation ou de faillite «se font sous le signe des trois points» Un magistrat confie, lui aussi, avoir observé quelques «étrangetés en matière pénale».« Je suis parfois surpris par certaines relaxes, certaines procédures judiciaires qui n'aboutissent pas, dit-il. Mais je n'ai jamais eu la preuve, comme le procureur Eric de Montgolfier à Nice, d'interventions maçonnes.»


Ici comme ailleurs, il est des maçons qui ont une fâcheuse tendance à confondre fraternité et renvoi d'ascenseur. Un dignitaire local se souvient que le vénérable d'une loge lui a demandé un jour de faire jouer ses relations pour transférer un braqueur incarcéré dans le nord de la France à la prison des Baumettes. Certains adhèrent à une loge comme on entre au Rotary Club, en espérant y trouver des appuis pour faire carrière. On les retrouve bientôt dans les fraternelles, qui regroupent des maçons de tout poil, par professions ou par secteurs économiques. Les frères policiers, les frères magistrats, les frères architectes, les frères médecinsµ A se regrouper ainsi, ne sont-ils pas parfois tentés de détourner ou de court-circuiter les règles en vigueur dans le monde profane ? «Ces fraternelles de métier sont la négation même de la franc-maçonnerie», a coutume de dire le grand maître du Grand Orient, Alain Bauer. A Marseille, il existe par exemple une fraternelle du bâtiment, la «frat bat». Francis Allouche, lui, a essayé de créer, dans les années 1980, une fraternelle de la santé. Il voulait faire plancher ses frères chaque mois sur la bioéthique ou l'assurance-maladie. Mais, conscient des risques de dérive, il avait refusé de diffuser un annuaire des adhérents comme cela se fait habituellement dans les fraternelles. « Du coup, dit-il, cela n'intéressait plus grand monde ! Et nous avons cessé de nous réunir. Aujourd'hui, je pense que toutes ces fraternelles, même si le plus souvent les participants se contentent de se livrer à de joyeuses agapes, sont dangereuses et peuvent conduire à des dérapages.» A l'attention de tous ceux qui entrent en franc-maçonnerie par opportunisme ou carriérisme, le pragmatique Francis Allouche tient une réponse toute prête: «Je leur dis que de toutes façons, pour avoir un bon carnet d'adresses, il faut au moins dix à quinze ans de pratique.» Et, optimiste, il ajoute: «Ceux qui persévèrent changent d'état d'esprit. Combien ai-je vu arriver de novices aux dents longues qui se sont peu à peu transformés. C'est aussi cela, le secret de la franc-maçonnerie.» On aimerait le croire

 

Marie-France Etchegoin
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 17:50

La condamnation de Catherine Mégret annulée en appel
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 12 février 2003.

 

Annulation par la cour d’appel d’Aix-en-Provence de la condamnation à cinq ans d’inéligibilité de l’ancienne maire MNR de Vitrolles, Catherine Mégret, poursuivie pour " provocation à la discrimination raciale ", au motif de la prescription des faits.

 

En première instance, le 23 novembre 2001, Catherine Mégret avait été condamnée à cinq ans d’inéligibilité et 7 620 euros d’amende. La cour a estimé que le délai de trois mois entre le début de l’enquête et la citation à comparaître, valable en matière de presse, n’avait pas été respecté. Catherine Mégret a été battue à la mairie de Vitrolles le 6 octobre par le socialiste Guy Obino. Elle en est restée conseillère municipale.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 17:00

 


Source le Nouvel Observateur



Un ex-candidat MNR inéligible pour cinq ans

 


Monsieur F...... (*) avait diffusé lors des législatives une bande dessinée mettant notamment en scène une famille d'étrangers en profiteurs du système.

 


Un ancien candidat MNR aux législatives de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône en 2002, il a été condamné vendredi à cinq ans d'inéligibilité et 2.500 euros d'amende pour "incitation à la haine raciale et diffamation à caractère raciste".

 


Cet ex-premier adjoint de Catherine Mégret à la mairie de Vitrolles entre 1997 et 2001, contre lequel deux ans d'inéligibilité et 10.000 euros d'amende avaient été requis, a également été condamné à verser un euro de dommages et intérêts à SOS Racisme, partie civile.

 


Il avait fait diffuser lors de la campagne des législatives un tract présenté sous forme de bande dessinée, mettant notamment en scène une famille étrangère bénéficiant d'avantages sociaux.

 


La brochure incriminée présentait les aventures de la famille "Garrigue" qui se voit refuser un emploi, est victime d'un vol et dont la fille découvre une seringue dans le jardin. Une autre scène montre cinq enfants entourés de leur mère voilée et de leur père, avec en texte: "Super, ils t'embauchent. Enfin de la tune" et "En plus, ils veulent nous donner le droit de vote".

 



"A l'époque sur la place publique!"

 


Son nom figurait sur chaque page.

 


Présent à l'audience du 26 septembre, il avait reconnu avoir "autorisé la publication et la diffusion" de ces tracts, dont les jeunes du MNR avaient eu, selon lui, l'initiative, et avait dit "le regretter si cette bande dessinée a pu blesser qui que ce soit".

 


"Le problème de l'immigration était à l'époque sur la place publique!", avait-il tenté de nuancer, expliquant n'avoir "de haine envers quiconque".

 


Il avait aussi rappelé que le "support" de ce tract avait déjà été utilisé par Bruno Mégret lors des élections municipales de Vitrolles en 1995, "sans qu'il ne soit attaqué"

 

(*) Effacé à sa demande le 23/07/2016

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 16:05

Rassemblement symbolique contre la stèle de la honte
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 8 juillet 2005.

 
 

Enfants des victimes de l’OAS, associations, syndicats et partis politiques ont manifesté sous les fenêtres du maire UMP, ex-Front national, ex-MNR.

 

Correspondant régional. « Non à la stèle de la honte ».

 

En portant cette banderole face à la mairie de Marignane, transformée en bunker, qui a mis gracieusement à disposition de l’association de pieds-noirs ultras Adimad une concession où a été érigée une stèle en l’honneur des assassins de l’OAS, les fils et filles de victimes incarnaient la dignité mercredi soir.

 

À l’appel de nombreuses associations (Georges Doussin, président de l’ARAC était présent), syndicats et partis politiques, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées symboliquement sous les fenêtres de Daniel Simonpiéri, le maire divers droite de la ville, au FN dès 1974, puis membre fondateur d’un MNR qu’il a abandonné aux premiers revers électoraux du groupuscule de Bruno Mégret.

 

« Simonpiéri siège dans le groupe UMP au conseil général et est vice-président de la communauté Marseille-Provence-Métropole, rappelle Annick Boët, présidente des élus communistes de Marseille. Pour la droite, il est passé par un sas de décontamination, alors que ces actes montrent qu’il est resté d’extrême droite. » Le matin même, 600 nostalgiques de l’OAS ont tenté d’inaugurer la stèle posée la veille dans une ambiance tendue.

 

Les CRS les en ont empêchés grâce à un arrêté préfectoral très tardif. « Ce rassemblement montre notre détermination pour empêcher toute inauguration future, mais aussi pour obtenir l’enlèvement de cette stèle et de toutes celles qui existent en France, témoigne Alain Biot, président de Ras l’front Vitrolles-Marignane. Il faut également revenir sur la loi du 23 février dernier et se pencher sur le cas des rues Salan et autres dans toute la France. » « Honorer l’OAS, cette organisation fascisante, est une provocation, estime Jean-Marc Coppola, responsable départemental PCF.

 

Ceux qui voulaient inaugurer cette stèle portent en eux le racisme, la xénophobie et la haine. Malheureusement, le pouvoir en place est muet ou accompagne cette opération de révisionnisme. On aimerait beaucoup entendre Sarkozy s’exprimer sur ce trouble à l’ordre public. » « Cette stèle participe à une entreprise de réhabilitation du colonialisme, de ses méfaits et de ses forfaits, dénonce Mouloud Aounit, président du MRAP. La bataille va continuer jusqu’à l’éradication de ces stèles, qui ouvrent les plaies de la revanche et de la haine. Ces monuments sont un coup de couteau au traité d’amitié franco-algérien, une crampe mentale effrayante. » « Elle est la preuve qu’en France, on n’a jamais dit la vérité sur la guerre d’Algérie, constate François Nadiras, vice-président de la LDH Toulon. Des amnisties, des réhabilitations, ont interdit le travail d’histoire. Il faut se frotter à cette réécriture du passé. »

 

Marignane a aujourd’hui besoin d’une alternative politique construite face à un maire aujourd’hui notabilisé et qui obtient des scores de sénateur à chaque élection.

 

Marc Leras

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 15:10


Le couple Mégret devant la justice

 

Article paru dans l'édition du 19 septembre 2006.

 

MNR . Les leaders du parti d’extrême droite accusés de détournement de fonds.

 

Le chef du Mouvement national républicain (MNR), Bruno Mégret, comparaît jusqu’à demain devant le tribunal correctionnel de Marseille. Le leader du petit parti d’extrême droite et sa femme sont accusés d’avoir détourné des fonds publics en 2000 et 2001, alors qu’ils étaient aux commandes de la mairie de Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône.

 

À l’ouverture de l’information judiciaire, plusieurs employés de mairie, dont des cadres du parti, avaient « lâché » leur chef, écrivant au juge d’instruction pour lui faire des « révélations ». Catherine Mégret, maire de la ville entre 1997 et 2002, lui était alors désignée comme instigatrice du « détournement de fonds publics ». La justice la poursuit pour avoir détourné 489 347 francs (74 600 euros) des caisses de la municipalité, afin d’envoyer plusieurs courriers sans rapport avec les affaires de la mairie, mais qui ont profité à son mari.

 

Les deux missives développent des thèmes nauséabonds chers au couple : une « Lettre ouverte aux maires de France contre l’injustice et l’inversion des valeurs », datée de novembre 2000 et un appel aux maires de France « Face à l’islamisme », de septembre 2001. Objectif de ce mailing : lancer la campagne de parrainages pour la présidentielle de 2002, pour laquelle celui qui avait été le numéro 2 du Front national a obtenu seulement 2,28 % des suffrages.

 

Bruno Mégret, qui s’est élevé contre « une véritable persécution judiciaire », a d’ores et déjà exprimé sa volonté de faire appel. Celui-ci étant suspensif, il pourrait lui permettre de continuer la collecte de signatures d’élus en vue de l’élection présidentielle. Pour son compte ou pour celui de Jean-Marie Le Pen a qui il vient de nouveau de faire allégeance. Mais une condamnation effriterait encore un peu plus son électorat, déjà passablement échaudé par les mensonges sur la gestion présentée comme « saine » de l’extrême droite dans l’une de ses « villes laboratoire » de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 
G. M.

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