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Pour mieux connaitre  l’histoire politique de Vitrolles, gérée pendant 5 années (1997 - 2002) par l'extrême droite et le couple Bruno et Catherine MEGRET, plus de 200 articles de presse sont à votre disposition (colonne de droite, rubrique "thèmes" sur ce blog). A l'heure de la banalisation de l'extrême droite, un devoir de mémoire s'impose avec l'expérience vécue à  Vitrolles.

Cette histoire politique est désormais complétée par des vidéos que vous pouvez retrouver dans le thème "l'histoire politique de Vitrolles en vidéo", dans la colonne de droite. Cette rubrique sera renseignée au fil du temps.

@ DH
1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:49

EXTREME DROITE La main droite du diable
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 20 juillet 2002.

 

La porosité entre les groupuscules néonazis et les partis d’extrême droite sert les intérêts de chacun.

 

Officiellement, la tentative d’attentat sur la personne de Jacques Chirac par un militant illuminé du groupuscule d’extrême droite Unité radicale " ne concerne pas " le MNR. Ce qui revient à défendre l’idée que la main droite est censée ignorer ce que fait la main gauche... Tantôt priés de déguerpir lors des manifestations, tantôt appelés pour jouer les supplétifs lors des campagnes électorales et assurer les services d’ordre : les groupuscules tels Unité radicale ou le GUD ont avec le FN et le MNR des relations complexes, mais s’épaulent sans faille quand il le faut.

 

Ces groupuscules néonazis sont d’abord un vivier de futurs cadres. Implanté en milieu universitaire, mais rayonnant aussi au-delà, le GUD au temps de sa splendeur a été pour plusieurs cadres du FN, et surtout du MNR, jugé plus racialiste, un sas d’entrée dans l’activisme. Même si les " gudards " sont en général plus portés sur la bagarre de rue que le combat idéologique. En mai 2000, des représentants du parti de Bruno Mégret et d’Unité radicale se rencontrèrent néanmoins pour autoriser la double appartenance, synonyme d’exclusion dans les statuts du MNR. L’accord prévoyait en outre des " places éligibles " sur les listes du MNR aux municipales, y compris une tête de liste dans le Sud-Ouest.

 

Aujourd’hui, la désaffection des militants, la scission FN-MNR de 1998 et la stagnation électorale rendent l’opération moins payante. Alors, parfois, l’inverse se produit : l’un des porte-parole d’Unité radicale, Guillaume Luyt, est l’ancien responsable du Front national de la jeunesse. Il l’a quitté en 2000, lorsque Le Pen lui refusa l’entrée au bureau politique du FN. Luyt s’était alors offusqué que s’y trouvât Farid Smahi, d’origine nord-africaine, et pas lui... Les ponts avec des responsables FN ne sont toutefois pas coupés. L’autre porte-parole, Fabrice Robert, fait mieux encore en étant membre du conseil national du parti de Bruno Mégret. Condamné à Nice pour révisionnisme, il fut auparavant élu FN en région parisienne, il est également le leader du groupe musical skinhead Fraction Hexagone qui, dans une chanson, promettait " une balle pour les sionistes, une balle pour le cosmopolitisme et une balle pour la police ".

 

L’autre fonction de ces groupuscules largement tolérés à leur marge par les deux formations d’extrême droite, c’est celle de " gros bras ". Marie-France Stirbois, à Dreux, Catherine Mégret, à Vitrolles, ont fait un large usage de militants radicaux pour leurs dernières campagnes. Leur mission est double dans ces cas-là, il s’agit autant de protection des candidats que de provocation, afin de susciter un climat de tension pour mieux se poser en victime.

 

Ce système est bien rodé désormais. Lors de la dernière manifestation du 1er mai 2002, le FN a fini par accepter dans ses rangs les militants d’Unité radicale qui souhaitaient défiler sous une banderole propre. Ils manifestèrent disséminés, appelés à venir en " tenue clean, pas besoin de servir de cibles aux DPS ou aux "bolches" ".

 

Avantage pour le FN, pouvoir s’en désolidariser en cas d’incidents. Certains furent néanmoins enrôlés dans le DPS (la milice maison du FN), le temps de la manifestation. Le flou des rapports ne va pas sans tiraillements : en quête de respectabilité, le FN a pu par le passé dissuader les skinheads et autres néonazis de défiler le 1er mai. Lors de la manifestation de 1995 où un jeune Marocain, Brahim Bouarram, fut jeté dans la Seine par des skinheads en marge du défilé, c’est le responsable du DPS d’alors, Bernard Courcelle, qui mena sa propre enquête pour livrer à la police les noms des coupables. But du jeu : dédouaner le Front, dont ils avaient emprunté à Reims les bus gratuits. Cet épisode, ajouté à un autre à Dreux où le même Courcelle empêcha un affrontement entre les skinheads recrutés pour la campagne et des militants d’extrême gauche, fut jugé comme une " trahison " du FN. Quelque temps plus tard, Bernard Courcelle essuya des coups de feu en sortant du siège du FN, sans que l’on puisse dire s’il s’agissait ou non d’une vengeance.

 
Lionel Venturini
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:48

La chute de la maison Megret

 

source : Le Nouvel Observateur le 25/07/2002 auteur : Claude Askolovitch


La vie de Bruno Mégret est un piteux raccourci. Avoir fait Polytechnique, de l'entrisme au RPR, avoir infiltré le FN, caressé Le Pen, trahi Le Pen, promis le pouvoir et la dignité aux cohortes de l'extrême-droite, et puis finir ainsi: toutes troupes dispersées, tous candidats humiliés, son fief vitrollais menacé (voir encadré), et son mouvement compromis dans un régicide raté ! Avoir rêvé de Napoléon et terminer avec Maxime Brunerie, l'homme qui voulait tuer Jacques Chirac! Le très intelligent, très subtil et un peu méprisant Mégret est devenu le chef d'un groupuscule dont le militant désormais le plus célèbre, Brunerie, pauvre seigneur de la race, a été maîtrisé par un papy alsacien au défilé du 14-Juillet: voilà ce qui restera du MNR.


Quelle ironie ! Quand il s'était créé, en 1999, le mouvement mégrétiste prétendait rompre avec les outrances lepénistes. Fini le «détail de l'histoire», les incongruités! Mégret et les siens voulaient être pris au sérieux.

 

Dans les assemblés locales, ils votaient des textes, s'inscrivaient dans la durée. Pour une partie de ses dirigeants, la rupture avec l'extrême-droite était inscrite dans l'évolution. Il suffisait de trouver le moment pour se vendre à la droite.

 

L'année 2002 devait les voir soutenir Chirac contre Jospin quand Le Pen, lui, pratiquerait «la politique du pire» en aidant la gauche! Rien ne s'est passé comme prévu. Mais au second tour de la présidentielle, des hiérarques du MNR ont voté Chirac contre Le Pen, alors même que Mégret, officiellement, s'était désisté pour le chef du FN! «On ne plaisante pas avec une élection, explique aujourd'hui un dirigeant du MNR, l'un des responsable de l'appareil, estimé des militants. Pas question de risquer un instant de confier la bombe A à Le Pen. Le Pen au pouvoir, nos idées auraient été ridiculisées, et la France plongée dans une catastrophe. J'ai voté Chirac, et je l'ai dit à mes amis, sans aucun état d'âme.» Ce même Chirac que Brunerie voulait assassiner.


Voter Chirac ou l'éliminer ? Etre de droite ou communier dans le rejet du «système»? Au MNR, chaque position était légitimée. Brunerie, avant son passage à l'acte, était déjà un personnage pathétique. Un nazillon en désarroi, un adepte des billevesées «radicales» qui finirent par lui monter à la tête. Mais aussi le responsable MNR du 2e arrondissement de Paris, animateur en juin de la campagne législative parisienne de son copain Cyril Bozonnet - lui-même cadre du MNR et ancien du GUD, ce groupuscule de cogneurs universitaires !

 

L'épouse de Cyril Bozonnet, Mathilde, secrétaire au groupe MNR du conseil régional d'Ile-de-France, est une des organisatrices de l'université d'été de Périgueux, qui verra le mouvement débattre de son avenir, à la fin août. «Maxime était un bon militant, dit-elle, c'est le système qui l'a fait basculer... Quand on travaille pour une cause, quand on voit que tout est biaisé, que 20% des électeurs ne sontjamais représentés, on se radicalise !»

 

Brunerie n'était pas étranger au parti. Ce jeune homme touchait à son noyau dur.


Le MNR du sage Mégret était accueillant aux dingues. Païens militants, nazis nostalgiques aux poitrines creuses, jeunes gens malades du besoin d'exister, public du très confidentiel «rock identitaire français», dont les riffs de guitare célèbrent la pureté du peuple blanc envahi...

 

Haïssant les Arabes et les musulmans, persuadés de l'imminence d'une guerre ethnique dans nos villes et nos banlieues; mais portant aussi le keffieh palestinien, célébrant l'Intifada et les collabos des années 1940, détestant les juifs et Israël !

 

En 2001, le MNR avait offert des sièges à son conseil national aux responsables d'Unité radicale, le mouvement où Brunerie apprenait à délirer ! Les «radicaux» étaient chez eux, une poignée d'exaltés, mélangés à d'autres militants qui rêvaient de simple ascenseur électoral. Dans le même parti coexistaient un Brunerie et un Philippe Adam, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui n'attend aujourd'hui qu'une chose: être admis dans le «grand parti de droite» qui naîtra, à l'automne, de l'UMP. «J'étais dans le même parti que Brunerie... Le même parti que des fous, des nazis... Je savais que ça existait, toutes ces années, mais j'occultais. Ça ne pouvait pas marcher !»


Adam, 45 ans, prend le soleil à la terrasse d'un café en face de la mairie de Salon-de-Provence, qu'il rêve de conquérir un jour. Fils de pied-noir, marqué dès son enfance par l'exode, il devient conseiller général FN en 1989, à32 ans, et reste fier de ce succès précoce. Ici, Adam connaît tout le monde, salue un responsable du PS, copain d'école du conseiller général de droite, participe aux fêtes locales... «Elle est belle, cette ville», soupire-t-il. Soulagé, finalement, d'avoir pris une claque aux législatives, comme tous les candidats MNR. L'humiliation électorale a précipité son retour à la normalité. Soulagé d'en finir avec le mégrétisme, comme tant d'autres.

 

 Les MNR d'Alsace s'acoquinent avec un autonomiste passé par le FN, Robert Spieler, renouant avec l'irrédentisme alsacien d'extrême-droite des années 1930! En Languedoc, André Roudil, conseiller régional et néopaïen, regrette la scission de 1999: «On ne peut plus revenir en arrière mais on a eu tort de quitter le Front. On est allé dans le mur pour satisfaire l'ambition de Mégret!» Chacun a ses raisons pour fuir le naufrage. Chacun avait eu ses raisons pour monter dans la barque.


Le MNR était trop petit pour noyer ses contradictions. Les mégrétistes pensaient pouvoir se vendre à la droite sans en payer le prix politique. Leur politesse devait leur permettre de faire l'économie d'un recentrage idéologique. Le parcours même du patron du MNR était celui d'un professionnel de l'ambiguïté. Mégret, comme son compère Jean-Yves Le Gallou, cofondateur et numéro deux du MNR, avait fait ses classes au Club de l'Horloge dans les années 1970. Ce cénacle de technocrates extrémistes prétendait refonder la droite en la prenant de l'intérieur. Mégret pratiqua l'entrisme au RPR, Le Gallou au Parti républicain, l'ancêtre de Démocratie libérale. Après 1984, l'éclosion du Front national leur donna l'envie de pondre leurs oeufs chez Le Pen. Au Front, les technocrates avaient comblé un vide. Ils étaient efficaces, capables de rédiger un programme, ou d'organiser une machine de propagande. Mégret plut à Le Pen. Il plut aussi à ceux qui ne supportaient plus le vieux chef. Mégret était tout ce que Le Pen n'était pas. Convenu. Rassurant. Méthodique. Autant le charisme lepéniste fonctionnait dans l'électorat, autant il s'essoufflait à l'intérieur du mouvement, au fur et à mesure des foucades du chef. Les fachos se voulaient notables.

 

La conquête de Vitrolles, en 1997, devenait le modèle à suivre.
On oublie aujourd'hui à quel point Mégret fut courtisé non seulement par les militants d'extrême-droite mais aussi par la droite, comme un possible réconciliateur, et cultivé par les médias, ravis d'attiser un clivage interne au FN ! Entre 1995 et 1998, un destin s'invente. Il est virtuel. Mais cette virtualité suffit à excéder Le Pen. A la fin de 1998, le vieux chef se rebiffe. Les mégrétistes répliquent. C'est la scission. Mégret et les siens tentent le casse du siècle: voler le Front à Le Pen dans une offensive militante et juridique. Ils sont majoritaires dans l'appareil. Ils organisent un congrès. A Marignane, en décembre 1998, ils proclament Mégret nouveau président du Front national! L'affaire finira en justice. Les mégretistes sont déboutés. Le Pen garde son sigle, son parti, la cagnotte afférente. Il a sauvé sa peau en dépassant les 5% aux européennes.


Mégret, lui, ne franchit pas la barre. Il doit créer son Mouvement national qui deviendra «républicain», MNR, dans un souci de différenciation apparente et jamais assumée. Mégret avait marqué des points en incarnant, à l'intérieur du Front, une alternative. Après la scission, il perd son utilité politique en devenant un simple imitateur.


Mégret fondera toute sa stratégie sur un pari : la disparition de Le Pen, inéluctable et à hâter, mais qui laissera en jachère un espace électoral. Il a cru, avant 1998, à une transition en douceur. Il a tenté, au moment de la scission, un vol légal. Il a mis en valeur l'adhésion à son mouvement de la fille aînée du menhir, Marie-Caroline, dont le compagnon, Philippe Olivier, rêve d'ancrage populaire et exècre son beau-père. Après les européennes, Mégret persiste. Le MNR colle au FN, le déborde même par la droite, pour en récolter un jour les dépouilles. Mégret espère que Le Pen ne pourra pas concourir à la présidentielle. Alors, son électorat se reportera, naturellement, sur le jeune parti, qui cultive son implantation locale. Alors, seulement, la stratégie de retour vers la droite pourra prendre corps. En attendant, il s'agit d'être légitime.


C'est ainsi que Mégret ne s'inscrit pas en rupture mais en continuité avec l'extrême-droite. Il accumule les marqueurs extrémistes. Lui qui admire Gianfranco Fini, le postfasciste italien qui a renié Mussolini, il se fait adouber par les vrais fascistes français. Le vieux François Brigneau, ancien milicien, antisémite militant, soutient Mégret. Pierre Vial, conseiller régional Rhône-Alpes, chef de file des néopaïens, admirateur de l'écrivain SS français Saint-Loup, organisateur de pèlerinages druidiques et de solstices aryens, contempteur de la civilisation judéo-chrétienne, annonciateur de la guerre des races, devient l'une des figures du MNR.


Jean-Yves Le Gallou, enfin, a placé des amis. Le bras droit de Mégret incarne l'ambiva-lence même du mouvement. Le Gallou est énarque, moderniste, souvent drôle, tenant de«la culture de gouvernement» d'une extrême-droite qu'il dirige au conseil régional d'Ile-de-France. Il se fait pardonner sa carrière libérale et bourgeoise au PR en collant à la base militante. Mais Le Gallou est aussi profondément extrémiste. Gendre d'un collabo français, ancien combattant sur le front de l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Gallou est le protecteur et l'ami de nombre de «radicaux», à commencer par Me Delcroix, avocat attitré des négationnistes, qu'il protégea au FN et qu'il amène chez Mégret !


Au moment de la scission, Mégret confie l'organisation de ses troupes «jeunes» à un militant, Philippe Schleiter. Schleiter a un oncle célèbre: Robert Faurisson, le pape du négationnisme ! Nul n'est responsable de sa famille et Schleiter, de fait, ne dérape pas sur la Seconde Guerre mondiale. Pas son problème, dit-il. Il a le choix des mots. Il ne parlera jamais de «combat ethnique», comme «ces imbéciles de radicaux qui se font plaisir, ce quart-monde de la politique». A quoi bon choquer ? Schleiter préfère évoquer le «choc des civilisations». Tout est dans l'habillage. Nonobstant, il passe alliance en 1999 avec les plus durs des mouvements de jeunes, dont le GUD. Il organise un Front de la Jeunesse, pour déborder les lepénistes à la base et «étouffer les extrémistes en les embrassant». Il théorisera l'union de toutes les droites nationales. En même temps, Schleiter plaidera pour une évolution du MNR à l'italienne. «Ceux qui traitent Fini de traître ne comprennent rien aux réalités. Il fait passer des lois sur l'immigration que j'aimerais voir adoptées en France!»
Cynisme et ambiguïté.

 

Mégret n'en sort qu'à son détriment ! Son mouvement est à peine lancé qu'il perd ses «modérés». Marie-Caroline Le Pen et son compagnon Philippe Olivier sont les premiers à partir. D'autres restent, mais sans rôle majeur, comme Damien Barriller, conseiller régional de Paca, longtemps directeur de cabinet et plume de Mégret... Certains amis s'inquiètent auprès de Mégret du poids des païens et des radicaux. «Il faut nettoyer le mouvement», répètent-ils. Ils ne sont pas entendus.


Pour Le Pen, c'est une aubaine. Mégret le blanchit en se radicalisant. Le FN possède également ses extrémistes et ses exaltés mais ceux de Mégret sont tellement plus voyants! Le Pen fustige les «racistes» de chez Mégret. Il met en avant «son» beur, Farid Smahi, conseiller régional d'Ile-de-France. Il prépare son habillage en grand-père tranquille, qui fera son succès à la présidentielle, quand il aura obtenu ses parrainages, ruinant ainsi l'ultime espoir de Mégret. «Au premier tour, Le Pen a fait la campagne que nous lui avions demandé de faire pendant dix ans», soupire Damien Barriller.


En 2002, Mégret a pourtant bougé. Après le 11 septembre, il s'est aligné sur le soutien aux Etats-Unis. Il juxtapose le combat contre l'islamisme terroriste à la lutte contre l'islam français et les immigrés. Une manière d'accommoder le racisme antiarabe à la sauce géopolitique. Mais le soutien à Bush est aussi une passerelle vers la droite classique. Dans le mouvement, certains plaident même pour un appui à Sharon contre les Palestiniens ! Les païens, qui haïssent l'Amérique métissée et son allié israélien, reprochent à Mégret de trahir la cause. Pierre Vial quitte le MNR et va parrainer le pro-irakien Le Pen, finalement plus authentique! Mais ce passage ne change rien. Quand Vial prend du champ, les mégrétistes ouvrent leurs portes à Unité radicale. Le Pen réalise sa meilleure campagne quand Mégret joue les Charles Martel des spots télé...


Le coup de tonnerre du 21 avril foudroie le MNR. Mégret se désiste pour son rival, au grand dam de quelques proches... A quoi bon avoir quitté Le Pen pour finir comme son supplétif ! Mais Mégret n'a plus le choix. Il veut préserver quelques chances aux législatives. Il envoie le journaliste Martin Peltier rencontrer Carl Lang, l'apparatchik en chef du lepénisme. Une ambassade, en attendant d'aller à Canossa... Peltier est une figure de l'extrême-droite. Avant la scission, il avait dirigé «National hebdo», le journal du FN. Il en avait fait un brûlot fort bien écrit, imprégné d'un antisémitisme bon teint, fustigeant le «judapo», le «judaïsme politiquement correct» qui persécutait Le Pen... Peltier retrouve Lang, parle d'entente aux législatives. Lang évacue. «Si vous l'aviez emporté, vous nous auriez enfoncés...» Mégret ne peut plus se vendre à personne. Ni à Chirac, ni à Le Pen. Aux législatives, les candidats du MNR les mieux implantés sont balayés par d'illustres inconnus lepénistes. Et l'éclosion médiatique de Marine, la plus jeune fille de Le Pen, règle la question de la déshérence du Front. Mégret ne sera jamais l'héritier.


Certains s'en réjouissent. «Il faut oublier le Front, passer alliance avec Villiers et d'autres mouvements de droite», plaide Barriller. «C'est jouable, si la droite de gouvernement est molle, s'il existe un espace entre l'UMP et le FN, pense Schleiter. Autrement, il va peut-être falloir rentrer en apnée pendant dix ans...» Peltier, lui, se souvient d'un avertissement de Marie-Caroline Le Pen, au début de l'aventure mégrétiste. «Si vous ne tuez pas papa, papa vous tuera», avait-elle lancé à Mégret. Une prophétie, ou presque. Mégret n'est même pas mort tragiquement. Une fausse valeur politique subit son ultime décote.


CLAUDE ASKOLOVITCH



 

Vitrolles: le dernier souffle. Il a tout perdu, sauf Vitrolles, mais pour combien de temps ? Pour un tract diffamatoire diffusé en mars 2001, le Conseil d'Etat devrait annuler lundi l'élection municipale de Vitrolles, forçant les électeurs du dernier fief mégrétiste à revoter en septembre, pour mettre un point final à l'aventure de Bruno Mégret.

 

Vitrolles, source d'emplois, base de repli du MNR, est aussi une source de scandale pour l'ex-rival de Jean-Marie Le Pen. Son épouse, Catherine, maire de la ville, risque une inéligibilité pour plusieurs actes ou propos contestés. Et sa gestion a été épinglée par la chambre régionale des comptes, en attendant d'être examinée par la justice: des lettres appelant des élus locaux à parrainer Mégret à la présidentielle avaient été expédiées aux frais de la ville !


Outre le contexte judiciaire, la situation politique est défavorable. Aux législatives, en juin dernier, la présence d'un candidat lepéniste a empêché Mégret de figurer au second tour... Pourtant, l'élection n'est pas jouée. Dans sa ville même, Mégret pèse encore un petit 30%, le FN n'est pas assuré de pouvoir monter sa propre liste, et les MNR rassemblent leurs forces. Hubert Fayard, l'ancien premier adjoint, organisateur de la victoire en 1997, est revenu à Vitrolles, salarié par la ville pour s'occuper de sécurité.

 

Les militants de droite, à Vitrolles, n'ont pas de candidat crédible.

Quant à la gauche, elle est saisie de son vieux syndrome de la division: des socialistes contestent le candidat «naturel», Dominique Tichadou, conseiller général et chef de file de la gauche en 2001, et veulent le remplacer par un notable local, le docteur Obino, démocrate-chrétien passé tardivement au PS, mais poussé en sous-main par la fédération des Bouches-du-Rhône... Petites manoeuvres et luttes intestines, à deux mois d'une élection. Mégret ne doit son dernier souffle de vie qu'aux pulsions suicidaires de la gauche.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:46


Le Conseil d'Etat annule l'élection de Mme Mégret à Vitrolles

 

Article paru dans l'édition du Monde du 31.07.02

 

L'épouse du président du MNR dénonce une décision « scandaleuse et politicienne ». Le nouveau scrutin devrait avoir lieu en octobre. Cinq autres élections ont été invalidés par la haute juridiction administrative

 

n annulant l'élection de Catherine Mégret, maire (MNR) de Vitrolles (Bouches-du-Rhône), le Conseil d'Etat a assombri un peu plus l'avenir du MNR de Bruno Mégret.

 

Affaibli par le score de M. Mégret à la présidentielle (2,34 %) et par celui de ses candidats aux législatives, le parti d'extrême droite doit faire face à des dettes estimées à 2,75 millions d'euros. La réputation de ce parti né en 1999 d'une scission avec le FN a, de plus, largement pâti de l'implication d'un de ses militants, Maxime Brunerie, dans la tentative d'assassinat du chef de l'Etat, le 14 juillet.

 

Saisi par le candidat socialiste Dominique Tichadou, battu de 201 voix au second tour dans une triangulaire l'opposant au MNR et à la droite républicaine unie, menée par Christian Rossi, le Conseil a suivi les arguments du plaignant, en estimant que « les attaques dirigées contre M. Rossi qui conduisait la liste «Réconcilier Vitrolles» [droite proche du RPR] ont revêtu un caractère exceptionnellement violent ». Il cite alors un tract « mettant en cause sa vie privée et ses bonnes mœurs » et diffusé massivement. Cette « campagne injurieuse et diffamatoire (...) a constitué une manœuvre » que le Conseil estime susceptible d'avoir « faussé le scrutin ».

 

La nouvelle élection doit avoir lieu au plus tard dans les deux mois suivant la notification officielle aux intéressés de l'arrêt du Conseil, c'est-à-dire au début du mois d'octobre. Catherine Mégret a immédiatement dénoncé « une décision scandaleuse, politicienne et partisane » et annoncé que « l'équipe Mégret se [présenterait] donc à nouveau au suffrage des Vitrollais », formulation qui laisse ouverte la question de la tête de liste. Les différents démêlés judiciaires de l'équipe, et en particulier l'ouverture d'une information judiciaire pour « détournement de fonds publics » ( Le Monde du 27 mai), rendent en effet le choix délicat. Le Front national enverra certainement un candidat dans cette élection

 

M. Rossi, par ailleurs président du RPR des Bouches-du-Rhône, s'est félicité de la décision en rappelant qu'il avait été « profondément blessé par ces tracts odieux ». Son probable renoncement pour un nouveau scrutin aiguise les appétits de Henri-Michel Porte (DL) et de Christian Borelli (RPR) qui figuraient tous deux sur sa liste et qui ont annoncé leur volonté de concourir.

 

Bataille des investitures

 

A gauche aussi, la bataille des investitures a commencé. Dominique Tichadou a estimé que la victoire obtenue au Conseil d'Etat est d'abord la sienne et que son statut de conseiller général de cette ville-canton fait de lui « le candidat naturel » du PS et de la gauche. Il compte aussi s'appuyer sur sa fonction de secrétaire de la section PS pour obtenir un vote favorable des adhérents. M. Tichadou devait, en tout cas, diffuser dès mardi 31 juillet son premier tract de campagne.

 

Mais Guy Obino, élu sur la liste de M. Tichadou, s'est lui aussi mis sur les rangs en adressant à François Hollande une lettre de candidature. S'agissant des villes de plus de 20 000 habitants, c'est en effet le bureau national du PS qui tranche. M. Obino annonce « une liste intègre, modeste, en rupture avec le clientélisme passé », mais se dit prêt à rallier le candidat choisi par le parti. Il bénéficie d'un préjugé favorable des directions départementales et nationales du PS qui tiennent M. Tichadou en partie responsable de l'échec de mars 2001.

 

La direction fédérale du Parti communiste et son ancien candidat, Alain Hayot, se sont prononcés pour une « candidature citoyenne », c'est-à-dire pour une liste comprenant des communistes, des socialistes mais aussi des membres du mouvement associatif dès le premier tour. Mais ni M. Hayot, ni M. Coppola, secrétaire de la fédération, ne veulent se mêler des affaires internes du PS. Si M. Tichadou a agacé nombre de militants et de sympathisants socialistes, qui l'accusent d'être trop autoritaire, il sera difficile de le désavouer.

 
MICHEL SAMSON
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:46

En septembre Vitrolles peut se débarrasser des Mégret
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 7 août 2002.

 

L’annulation des élections municipales pour diffamation ne laisse que peu de temps à la gauche pour s’organiser. Mais tout est possible.

 

Vitrolles n’en finit plus de vomir ses convulsions politiques. La ville, gérée depuis 1997 par Catherine Mégret, l’épouse du fondateur du MNR, va revoter fin septembre afin de se choisir un maire, et ce pour la quatrième fois en sept ans. Le Conseil d’État a en effet annulé, le 29 juillet dernier, les municipales de mars 2001, qui avaient vu Catherine Mégret s’imposer avec 201 voix d’avance dans une triangulaire face à la gauche, réunie entre les deux tours, et à la droite républicaine.

 

La plus haute juridiction administrative s’est appuyée sur la diffusion d’un tract hautement diffamatoire contre Christian Rossi, le candidat RPR, accusé d’avoir abusé sexuellement d’un SDF. Les enquêteurs chargés de la plainte ont découvert que ce tract comportait les mêmes défauts graphiques que les publications du MNR et provenait vraisemblablement de la même imprimerie. Yves Bovéro, premier adjoint de Catherine Mégret, a été mis en examen dans cette affaire.

 

Déjà dans la ligne de mire de la cour régionale des comptes et du parquet pour des soupçons de financement électoral du parti mégrétiste, Vitrolles tient dans ces nouvelles élections l’occasion de se débarrasser du MNR et de sa sulfureuse réputation de bastion de l’extrême droite. Pourtant, l’histoire politique récente montre que, sans union à gauche, Catherine Mégret est en mesure de conserver son poste.

 

" L’annulation des élections est une bonne chose, mais la situation serait encore plus terrible si le maire l’emportait de nouveau, témoigne un militant associatif, opposant de la première heure. Aux dernières législatives, l’UMP Éric Diard a remporté la circonscription en bénéficiant des consignes de vote de Bruno Mégret, et une part de l’électorat de droite pourrait se reporter sur le MNR. Le danger est d’autant plus grand qu’il n’est pas sûr que le FN arrive à constituer une liste. "

 

A droite, le RPR Christian Borelli et le DL Henri-Michel Porte se disputent une investiture UMP, que Christian Rossi ne souhaite officiellement plus porter. La gauche, historiquement majoritaire dans la ville nouvelle, n’est pas non plus en ordre de bataille. Le conseiller général PS Dominique Tichadou, tête de liste l’an dernier, n’est plus en odeur de sainteté dans sa fédération. Cette dernière préférerait se ranger sous la bannière du docteur Guy Obino, un sexagénaire ancien adjoint de Jean-Jacques Anglade, l’ex-maire battu par Catherine Mégret en 1997.

 

Pour le PS des Bouches-du-Rhône, ce sera François Hollande lui-même qui devra trancher ce litige avant qu’il ne débouche sur une candidature dissidente.

 

" La gauche est à nouveau devant ses responsabilités, constate Alain Hayot, tête de liste communiste l’an dernier. Saura-t-elle s’unir et offrir aux Vitrollaises et Vitrollais une véritable alternative de progrès social, de citoyenneté et de démocratie ? Il nous faut constituer une liste qui rassemblera très largement le monde associatif et social. Aujourd’hui, le PS est au pied du mur et ne doit plus tergiverser. "

 

Alain Hayot s’est également déclaré " disponible pour prendre ma place dans ce combat contre l’extrême droite et contre la droite, pour rouvrir à Vitrolles les chemins de l’espoir ".

 

" Nous devons peser pour obliger le PS à se positionner sur une liste de rassemblement à gauche, estime Jean-Marc Coppola, secrétaire fédéral du PCF. Les communistes vont organiser un forum citoyen dans la dernière semaine d’août, et nous appelons à d’autres initiatives en ce sens. "

 

De leur côté, les Verts locaux sont prêts à s’aligner sur une liste conduite par un socialiste " sur un programme clair " et la gauche alternative a annoncé qu’elle ne présenterait pas de candidat.

 

L’annulation des élections apparaît comme une bénédiction pour les démocrates. Mais, au cour des vacances, elle laisse moins de deux mois à la gauche vitrollaise pour s’organiser et convaincre une population flouée et démobilisée par sept ans de gestion mégrétiste.

 
Marc Leras
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:45

VITROLLES L’espoir inquiet des militants associatifs
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 7 août 2002.

 

En première ligne face aux ravages de l’extrême droite, les associatifs sont dans l’expectative.

 

" Peu importe la tête de liste. Nous attendons des politiques qu’ils choisissent la sagesse pour que Vitrolles retrouve sa respectabilité et une gestion démocratique. " Secrétaire départemental du MRAP des Bouches-du-Rhône et militant de longue date sur Vitrolles, Alain Huertas résume la pensée de l’ensemble du mouvement associatif de la ville.

 

Dès la victoire de Catherine Mégret en 1997, ces militants se sont opposés à sa politique, au prix de menaces, et parfois même de coups. Les élections de 2001, avec une gauche divisée, se concluent par la réélection de l’équipe MNR et ont été pour eux un véritable traumatisme, qu’ils espèrent effacer en septembre.

 

" Nous sommes inquiets car l’implantation locale de l’extrême droite est MNR et non FN, poursuit Alain Huertas. Pour ces élections, avec une campagne très courte, il faudra que la gauche soit unie et ouverte sur le mouvement associatif et les citoyens si elle souhaite l’emporter. Outre le MNR, la droite est également en embuscade et pourrait rafler la mise. "

 

" Notre première réaction après l’annulation des élections a été la joie, un sentiment de justice rendue ", reprend Denis Lebon, responsable historique de Ras l’Front à Vitrolles. " Mais j’ai bien peur que les politiques n’aient pas compris les leçons de 2001. Si la gauche, et singulièrement le PS, n’est pas unie, on part à la catastrophe. Si c’est le cas, qu’on ne vienne plus nous parler de lutte contre le fascisme à Vitrolles. "

 

Tous craignent que les querelles locales de personnes prennent une nouvelle fois le pas sur l’enjeu national qu’est la victoire sur l’extrême droite dans l’une de ses villes symboles.

 

" Depuis 1997, élections après élections, la gauche est devenue minoritaire à Vitrolles, estime ainsi René Agarrat, animateur du mouvement Vitrolles Alternatives.

 

La seule façon de l’emporter est de créer une dynamique au-delà des partis politiques, avec une liste et un programme qui aient l’assentiment du plus grand nombre. Et il faudra le faire sans démagogie ; la situation financière de la ville est catastrophique, ce qui demandera sans doute des décisions difficiles et des sacrifices. "

 
M. L.
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:44


VITROLLES " On ne veut plus tourner la manivelle de la machine à perdre "

 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 30 août 2002.

 

Simone Bessade, en tant que porte-parole du Mouvement démocratique vitrollais, vous exprimez une préférence pour M. Tichadou comme tête de la liste de la gauche unie pour le scrutin du 29 septembre, pourquoi ?

 

Simone Bessade. Nous n’avons rien contre M. Obino que nous ne connaissons pas en dehors de son professionnalisme de médecin. Nous regrettons surtout que Vitrolles soit le théâtre de luttes politiciennes au sein d’un parti alors que nous sommes dans une situation d’urgence. On aurait pu comprendre cette discussion au sein du PS si l’élection avait lieu l’an prochain. Mais c’est dans un mois, il nous faut entrer au plus tôt en campagne. Face à Mégret et compte tenu des délais, on ne peut pas se payer le luxe de telles querelles. Et rappelons que c’est grâce au recours formé par M. Tichadou que nous avons des chances réelles de battre définitivement l’extrême droite alors que M. Obino n’a en rien participé à l’élaboration du projet de la gauche pour Vitrolles.

 

N’est ce pas de l’ingérence dans les affaires d’un parti démocratique ?

 

Simone Bessade. Nous ne voulons pas décider à la place du PS, mais nous ne comprenons pas son attitude et nous voulons l’alerter. Nous avons été très déçus par la façon dont cette candidature nouvelle a été annoncée alors que nous avions proposé d’organiser une consultation des Vitrollais pour le choix de la tête de liste. Nous voulons dire à la direction nationale du PS que ce que fait localement ce parti est suicidaire pour la gauche vitrollaise et dramatique pour les citoyens qui se posent mille questions. Maintenant, c’est à lui de voir s’il veut à nouveau mettre en route la machine à perdre. Nous, nous nous refuserons en tout cas à tourner la manivelle !

 
Entretien réalisé par P. J.
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:43

Vitrolles , le PS en désordre de bataille
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 30 août 2002.

 
 

Les Vitrollais retournent aux urnes le 29 septembre prochain. Un quitte ou double pour le MNR de Bruno Mégret. Une pré-campagne marquée par des querelles politiciennes au sein du PS qui inquiètent les militants antifascistes locaux.

 

Pour la gauche non-socialiste de Vitrolles, en désignant le 3 septembre prochain son chef de file pour l’élection municipale fixée par la préfecture des Bouches-du-Rhône aux 29 septembre et, s’il y a lieu, au 6 octobre prochains, le bureau national du Parti socialiste répondra du même coup à une question qui peut paraître incongrue à l’observateur extérieur : le PS, dont la prédominance locale a été reconnue par les autres partis de gauche, veut-il vraiment être à la tête de la liste et remporter cette élection ? !

 

Cette hésitation présumée peut s’expliquer par le fait qu’après quelques années de " gestion " d’extrême droite, Vitrolles est une ville dévastée. " Vitrolles c’est mort ! " entend-on le plus souvent dans les quartiers-champignons de cette agglomération sans âme poussée trop vite en bordure des complexes industriels de l’étang de Berre. En s’attaquant aux associations culturelles et sportives, aux syndicats, aux maisons de quartier, en menant une politique du tout sécuritaire (renforcement spectaculaire de la police municipale) sans toutefois réduire la petite délinquance et du tout discriminatoire (prime à la naissance pour les enfants français), les élus du MNR et du FN n’ont fait qu’accroître les divisions et les tensions au sein de la population et, comme l’estime Cathy Cau du collectif de direction de la section locale du PCF, " ont cassé toute la vie sociale " dans une commune qui était autrefois, par exemple, l’une des plus sportives du département.

 

Le désastre est aussi financier pour cette municipalité sévèrement épinglée par la chambre régionale des comptes. Gaspillages, privatisations, copinage et opacité ont marqué les années Mégret. Au point que, selon Michelle Domingues, élue d’opposition et responsable de la section socialiste " dissidente " Émile-Zola, la ville, " une fois connue l’ampleur réelle des dégâts, pourrait être mise sous tutelle par le préfet et ce pour un bon moment ". Elle est actuellement administrée par trois hauts fonctionnaires à la retraite depuis l’annulation, le 29 juillet dernier par le Conseil d’État, des élections municipales 2001 remportées par le MNR avec 201 voix d’avance seulement.

 

Bref, quel est le courageux qui veut, pour un mandat écourté et sans grande marge de manouvre, être maire d’un tel champ de ruines ?

 

Secrétaire de la section locale du PS - dont la prédominance pour la constitution d’une liste d’union a été reconnue par les autres formations de gauche - , conseiller général , président du groupe des élus d’opposition , s’étant à ce titre battu pour faire annuler l’élection de 2001, le docteur Dominique Tichadou apparaissait comme la tête de liste " naturelle et légitime ", selon l’expression de son directeur de campagne Guy Noël Abraham d’une gauche unie autour d’un " projet pour Vitrolles ". Un programme élaboré pour l’essentiel, l’an dernier à l’occasion des municipales, dans des commissions de citoyens animées le plus souvent par le Mouvement démocratique vitrollais (MDV) et le PCF.

 

Alain Hayot, alors chef de file des communistes et qui considère que la décision du Conseil d’État fournit l’opportunité de " débarrasser Vitrolles de l’extrême droite et de sortir la ville du marasme ", en résume ainsi les grands axes : " Reconstruction du service public communal, démocratie participative, développement écologique, culturel. " Le docteur Tichadou, volontaire pour être maire, a fait sienne cette ordonnance susceptible de soulager le malade vitrollais. Mais son confrère et camarade, le docteur Obino aussi !

 

" Je me suis porté candidat à l’investiture ", explique ce notable établi à Vitrolles depuis des lustres, conseiller de l’ancien maire socialiste Anglade, élu l’an dernier sur la liste Tichadou-Hayot, " parce que les candidatures de droit divin c’est fini dans notre parti , parce que le Dr Tichadou ne fait pas l’unanimité , n’ayant pas réussi l’an dernier à rassembler la gauche dès le premier tour et enfin parce qu’il me semble qu’après avoir subi nombre de parachutages parisien ou marseillais, les Vitrollais veulent avoir pour maire un Vitrollais. Ce n’est pas à soixante-cinq ans que je vais faire du carriérisme ! Et je tiens à préciser que si Tichadou est désigné par mon parti j’appellerai à voter pour lui. "

 

Pour nombre de militants socialistes, cette candidature surprise, qui n’est pas sans rappeler celle du " brave " René Olmeta aux municipales de Marseille en 2001, a été encouragée fortement par la fédération du PS où le fabiusien Tichadou n’est pas en odeur de sainteté et par le président socialiste du conseil général, Jean Noël Guérini, qui a récemment contraint ce même Dr Tichadou à lui remettre sa délégation à la santé.

 

Si les partenaires politiques du PS à Vitrolles estiment, comme le dit le communiste Alain Hayot, " ne pas avoir pour vocation première de choisir entre les candidats socialistes " par contre, ceux que le Dr Obino appellent " des groupuscules qui ne représentent qu’eux mêmes ", se sont rangés, mercredi dernier, derrière le Dr Tichadou. C’est le cas de Michelle Domingues et de la section Émile-Zola qui se refuse " à être l’otage des calculs étriqués d’une fédération qui veut imposer ses choix en omettant la victoire contre l’extrême droite ", du MDV (voir ci dessous) ou encore de Ras l’Front-Vitrolles qui par la voix de Nathalie Julien affirme que " les Vitrollais n’en ont rien à secouer de savoir que machin est fabiusien et truc est jospinien. Ils veulent l’union claire de la gauche parce qu’ils n’en peuvent plus du fascisme !

 

" Un point de vue que partage le PCF, à l’origine d’une proposition d’organisation d’un forum citoyen qui réunirait, " dès que possible ", comme l’espère Cathy Cau, tous ceux qui veulent redonner de la dignité à cette ville en commençant par virer les Mégret ". Car, contrairement à ce que certains croient, rien n’est gagné : la campagne sera très brève et le MNR va employer tous les moyens pour conserver son dernier bastion ", souligne la responsable communiste.

 

Après son échec aux législatives, Bruno Mégret joue en effet, avec cette élection, son avenir politique à quitte ou double. Obscur conseiller municipal dans un arrondissement de Marseille, le petit patron d’un MNR en faillite devrait, pour reprendre du poil de la bête, se présenter en tête de la " facho-liste " d’autant que son épouse Catherine, maire invalidé, est menacée d’être déclarée inéligible : on attend d’un jour à l’autre le jugement définitif concernant les affaires de la prime à la naissance et de ses déclarations racistes à la presse allemande.

 

Quitte ou double ? " Faisons en sorte que ce soit "quitte" en nous rassemblant le plus largement possible ", insiste Alain Hayot, inquiet lui aussi de la tournure des événements qui pourraient profiter finalement à la droite qui présentera une liste UMP voire au FN qui a juré, et qui en a l’occasion, de réduire à néant la dissidence mégrétiste.

 
Philippe Jérôme
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:42


VITROLLES : Henri-Michel Porte, conseiller municipal (DL) de Vitrolles, a annoncé sa propre candidature à l'élection municipale partielle du 29 septembre.

 

Article paru dans l'édition du Monde du 08.09.02

 

Henri-Michel Porte, conseiller municipal (DL) de Vitrolles, s'est retiré de la liste de Christian Borelli, investie par l'UMP, et a annoncé sa propre candidature à l'élection municipale partielle du 29 septembre. M. Porte qui juge le programme de M. Borelli « un peu trop MNR light », est soutenu par l'UDF.

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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:41


Après la gauche et le FN, la droite se divise à son tour à Vitrolles

 

Article paru dans l'édition du Monde du 10.09.02

 

Le deuxième de la liste de l'UMP fait sécession, avec le soutien de l'UDF locale

 

La quatrième campagne municipale vitrollaise en sept ans a commencé vendredi 6 septembre, sur le marché des Pins, dans la même atmosphère fébrile et agressive qui marque tous les scrutins depuis 1995. Christian Borelli, investi par l'UMP, y distribuait ses premiers tracts, affichant un optimisme de courte durée sur les négociations en cours avec les autres forces de droite.

 

Dans l'après-midi, il apprenait une mauvaise nouvelle : son deuxième de liste, Henri-Michel Porte (DL), lui aussi investi par les leaders locaux de l'UMP, le lâchait brutalement. Dans un communiqué, M. Porte annonçait aussitôt son intention de « proposer dans les jours prochains une alternative de la Droite rassemblée pour Vitrolles, liste d'union ouverte autour des principes de morale, d'éthique et de probité qui doivent fonder tout engagement municipal ».

 

La veille, un journal local, L'Hebdo, avait évoqué le « passé judiciaire » de M. Borelli. Pour M. Porte, « fils de flic », c'en était trop. Le candidat tête de liste se bornait, dans le même temps, à indiquer que son avocat « publierait prochainement un communiqué ». Dans le même journal, le chef du RPR des Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier, qui avait insisté pour que M. Borelli conduise la liste, minimisait ces « erreurs de jeunesse ». Mais à cette raison, M. Porte en ajoutait une autre pour justifier la rupture, qualifiant le programme de M. Borelli de « MNR light » et citant en exemple cette phrase écrite en gras en première page de son argumentaire de campagne : « La municipalité doit faire en sorte que les casseurs soient les payeurs. » Le représentant vitrollais de l'UDF ayant immédiatement pris acte de cette dissidence et annoncé son soutien à M. Porte, la droite a volé en éclats au premier jour de la campagne. « trop scabreux »

 

Désormais, chaque camp est donc flanqué d'un dissident. Catherine Mégret, qui a annoncé vendredi qu'elle conduirait personnellement une liste du MNR, sur laquelle son mari figurera en sixième ou septième place, doit compter avec la liste du Front national, conduite par Claude Bourge - qui avait recueilli 7 % des voix aux législatives. Elle et son mari ont déclaré nourrir peu de craintes quant à son pouvoir de nuisance. Procédant par sous-entendus, la maire sortante a juste évoqué certaines récriminations de Vitrollais concernant M. Bourge, refusant d'en dire plus « parce que ce serait trop scabreux ».

 

Quant à la gauche, elle doit compter avec la présence confirmée de Dominique Tichadou, conseiller général (PS), qui fut sa tête de liste en 2001 avant d'être désavoué cette semaine par la direction de son parti. M. Tichadou a distribué, lui aussi, ses premiers tracts sur le marché sous le titre « Vitrolles libre », dans lequel il dénonce « la décision arbitraire du PS parisien [prise] au mépris de la grande majorité des socialistes vitrollais et de leurs partenaires ».

 

Pour combattre les effets d'une division qu'ils savent mortelle, tous les dirigeants de gauche du département étaient venus, ce même vendredi, afficher leur soutien au candidat investi par le PS, Guy Obino. Les présidents du conseil général et du conseil régional, les dirigeants départementaux du PCF, du PRG et des Verts ont tous affirmé que la nouveauté de cette campagne résidait justement dans « l'union de la gauche » réalisée dès le premier tour, à l'inverse de celle de 2001, où PS et PCF étaient allés séparément à la bataille. En dépit de ces efforts, nombre de militants de gauche déploraient que ses incessantes querelles internes l'empêchent de « chasser les Mégret ». Certains allaient jusqu'à confier leur désarroi à M. Borelli...

 
MICHEL SAMSON
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:39


Les Mégret jouent leur survie politique à Vitrolles face à une droite et à une gauche très divisées

 

Article paru dans l'édition du Monde du 25.09.02

 

Après l'annulation de son élection, l'épouse du président du MNR veut reprendre la ville. Le candidat de l'UMP et celui du PS doivent l'un et l'autre affronter un dissident dans leur propre camp

 

Sur les affiches, on ne voit qu'un gros cœur, comme sur les magazines pour midinettes des années 1970. Un cœur rouge barré d'un slogan : « Votons Catherine. Restons ensemble à Vitrolles. » Pas un mot du parti de « Catherine », le MNR, ni même la mention de son nom, celui qui l'identifie irrémédiablement à son mari et à son camp : Mégret. « Catherine » fait cependant campagne aux côtés de celui-ci, sur les marchés de Vitrolles, pour reconquérir la mairie, les 29 septembre et 6 octobre.

 

Mme Mégret, dont l'élection à la mairie a été invalidée pour cause de tract diffamatoire contre le candidat de droite André Rossi, mise désormais sur le lien affectif censé l'unir à ces électeurs qui l'ont déjà élue en 1997 et réélue en 2001. Ses tracts, parsemés de petits cœurs rouges, affirment donc qu'elle est « la plus courageuse, la plus proche, la plus efficace et la plus sympa ». Et lorsque des électeurs l'interrogent sur son programme, elle répète : « Je ne suis pas une professionnelle de la politique, je suis une maman... »

 

Le « professionnel » du couple, Bruno Mégret, celui que bien des Vitrollais évitent du regard lorsqu'ils s'adressent à « Catherine », ne la lâche pas d'une semelle. C'est lui qui, hors du champ des caméras, souffle les réponses lorsque les télévisions interrogent son épouse. Lui qui renvoie à « la gestion socialo-communiste du département » la passante qui proteste contre l'absence de construction du « rond-point que vous aviez pourtant promis, il y a cinq ans ». Lui qui la tire par le bras lorsqu'un forain du marché d'origine maghrébine s'étonne sincèrement : « Je ne comprends pas, je vote pour vous, je vous soutiens et la police municipale n'arrête pas de me contrôler ! »

 

C'est lui aussi qui siffle un « salopard ! » lorsque le couple croise Claude Bourge, le candidat du Front national qui mène campagne contre « la ruse et la trahison des Mégret » et pourrait leur grappiller des points. Lui, enfin, qui joue sa survie politique et celle de son parti dans cette bataille où le MNR a mis ses derniers moyens.

 

C'est la quatrième fois en sept ans que les Vitrollais doivent élire leur équipe municipale. La quatrième fois aussi que les Mégret sont de la bataille. Et l'enjeu est de taille. Car malgré le traumatisme national du 21 avril, qui a porté Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, ni les états-majors nationaux des partis, ni la droite et la gauche locale ne sont parvenus à faire taire leurs divisions dans ce qui est, depuis sept ans, un petit laboratoire de l'extrême droite en région PACA.

 

UNE CONFUSION VISIBLE

 

Sur les marchés, dans les escaliers d'immeuble où tous les candidats se croisent, la confusion est visible. A gauche, on trouve deux candidats. Et leurs déchirements ne sont pas minces. Depuis 1995, la gauche change de candidat à chaque élection sans parvenir à en installer un. Cette fois, le PS, le PCF et les Verts se sont accordés pour investir Guy Obino, un médecin de 65 ans venu au PS après être passé par la démocratie chrétienne et qui a, dit-il, « mis au monde près de 2 000 bébés de la ville ». Quand il parle de la gauche, il a une métaphore médicale : « J'ai pris une ambulance brinquebalante. » Mais lorsqu'il insiste sur son origine vitrollaise, c'est pour fustiger aussitôt « les Mégret, qui habitent Saint-Cloud », et «Tichadou, qui vit à l'Estaque, à Marseille ».

 

Dominique Tichadou, justement, est l'ancienne tête de liste du PS en 2001. Et il est déchaîné contre le docteur Obino, qu'il accuse « d'être un homme de droite doté d'une fausse carte du PS ! »

 

M. Tichadou, médecin lui aussi, a été élu conseiller général socialiste contre M. Mégret en 1998. C'est lui qui a déposé la requête ayant conduit à l'annulation de l'élection de Mme Mégret en juillet. « J'ai payé plus de 50 000 francs pour ce recours, sans l'aide du PS », dit-il, estimant que la tête de liste devait lui revenir.

 

Mais le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, patron du PS dans le département, Jean-Noël Guerini, l'a évincé. Motif officiel : en 2001, M. Tichadou n'était pas parvenu à faire l'union à gauche.

 

A droite, la situation est aussi confuse. Christian Borelli, un commerçant RPR investi par l'UMP, est accusé par Henri-Michel Porte, un médecin venu de DL, d'avoir été plusieurs fois condamné par la justice. L'intéressé ne dément pas, en ajoutant : « M. Porte était sur la même liste que moi, la dernière fois. Cela ne le gênait pas alors ! » Le patron de l'UMP des Bouches-du-Rhône, le ministre Renaud Muselier, dit lui-même que les ombres du passé du candidat UMP « sont des erreurs de jeunesse », mais les Mégret en ont évidemment fait un de leurs chevaux de bataille.

 

Les anti-mégretistes comptent sur le score du FN, et sur le bilan municipal des Mégret, plusieurs fois épinglé par la chambre régionale des comptes. A l'exception de Bruno Gollnisch, supporter de M. Bourge et François Bayrou, venu soutenir M. Porte, aucun leader national n'a voulu faire campagne à Vitrolles. Mais le président de l'UDF se fait peu d'illusions : « On ne pourrait imaginer une situation plus confortable pour les sortants. »

 
RAPHAELLE BACQUE
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