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Pour mieux connaitre  l’histoire politique de Vitrolles, gérée pendant 5 années (1997 - 2002) par l'extrême droite et le couple Bruno et Catherine MEGRET, plus de 200 articles de presse sont à votre disposition (colonne de droite, rubrique "thèmes" sur ce blog). A l'heure de la banalisation de l'extrême droite, un devoir de mémoire s'impose avec l'expérience vécue à  Vitrolles.

Cette histoire politique est désormais complétée par des vidéos que vous pouvez retrouver dans le thème "l'histoire politique de Vitrolles en vidéo", dans la colonne de droite. Cette rubrique sera renseignée au fil du temps.

@ DH
1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:10


L’invité de la semaine Loïc Taniou Directeur du Sous-marin de Vitrolles

 
Octobre rouge, Octobre noir.
 

Article paru dans l'édition de l’HUMANITE du 14 octobre 2002.

 

Le 6 octobre 2002, enfin, la ville de Vitrolles est libérée du joug de l’extrême droite et du couple " ubuesque " des Mégret. Ce fut un grand soir. Une page farfelue et tragique de l’histoire politique se tournait enfin. Pour beaucoup de personnes, d’associations, pour nous, ce fut un grand moment de bonheur, de soulagement. Cela représentait une belle mais un peu tardive conclusion à de nombreuses années de lutte, de souffrance, de résistance où nous avons tous connu des moments de doute, et heureusement de grands moments aussi, des joies, de petits instants de bonheur partagés, de rencontres, où nous avons croisé de nombreux visages et de nombreuses figures qui nous ont aidés à tenir, qui ont nourri notre combat. Ce combat, cette résistance à l’extrême droite, le Sous-marin, comme certaines associations, en est devenu le symbole, le porte-drapeau. Lourde responsabilité, où il faut mener à bien le combat, réfléchir, faire le moins d’erreurs possible, développer des initiatives, tenir la distance.

 

En effet, le Sous-marin a connu une forte médiatisation, car nous avons été durement frappés par la politique anticulturelle, antisociale, antijeune développée par la municipalité d’extrême droite des Mégret. Catherine Mégret a été élue maire de Vitrolles en février 1997, suite à une annulation des élections précédente. En juin 1997, notre association voit sa subvention municipale supprimée, " pour programmation trop cosmopolite et développant les mauvais instincts de la jeunesse " et parce qu’elle refuse toute censure de son projet artistique.

 

Notre association continue d’exister et participe activement à la résistance culturelle et citoyenne qui se développe progressivement sur Vitrolles, notamment en mettant sa salle de spectacles à disposition des associations pour qu’elles puissent avoir un lieu public où se réunir, rencontrer leurs adhérents, leurs publics, organiser leurs manifestations. Dans la salle du Sous-marin, à 50 mètres de la mairie, un espace de citoyenneté et de résistance se développe. Au mois de juin 1997, lors de la grande manifestation Un jour à Bordeaux organisée par le groupe Noir désir, où nous sommes invités à venir débattre, nous rencontrons les membres du groupe que nous connaissions déjà, et demandons à Bertrand Cantat, le chanteur, s’il veut bien devenir président de notre comité de soutien pour nous aider dans le dur et long combat qui se profile à l’horizon. Bertrand accepte de suite, simplement, facilement.

 

Nous organisons ensuite un grand concert de soutien au Stadium de Vitrolles, avec Noir Désir et de nombreux artistes. Devant le succès, la forte mobilisation et la médiatisation du combat du Sous-marin, le lundi matin, la municipalité " pète les plombs ", casse les panneaux de verres de notre salle, y entre par effraction, arrache notre enseigne et mure le Sous-marin.

 

Ce jour d’octobre 1997, en France, une salle de spectacle de 350 places, un lieu culturel, de vie et de rencontres pour les jeunes, se voit muré. Dès lors, commence un long combat, qui a terme doit voir l’une des deux parties abdiquer.

 
 

Article paru dans l'édition du 17 octobre 2002.

 

Février 1997, Vitrolles connaît l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite avec l’élection de Catherine Mégret, suite à une invalidation des élections de 1995. Les annulations des élections sur Vitrolles deviendront un classique. Une atmosphère pesante règne désormais sur la ville. Elle est comme coupée en deux. Une période de torpeur s’installe. La municipalité FN, qui deviendra par la suite MNR, commence à élaborer son plan d’action.

 

Des inquiétudes se font sentir. Nous sommes carrément convoqués par Brigitte Marandat, l’élue à la culture, pour parler de notre association. Cette dernière nous explique que " notre programmation développe les mauvais instincts de la jeunesse " et qu’il nous faut " revenir à quelque chose de plus français, de plus traditionnel et provençal ". On lui pose la question pour rigoler, à savoir si Massilia Sound System, ça le fait... Un drôle de dialogue s’en suit. Quelques semaines plus tard (juin 1997), les Mégret passent à l’action, premières mesures : suppression de subventions à certaines associations qui ouvrent dans le social et le culturel (dont la nôtre), licenciement des éducateurs de rue, des agents de prévention de la délinquance, des directeurs des maisons de quartiers...

 

Face à cette situation, un large pan du tissu associatif de Vitrolles s’organise à travers une coordination associative. Au Sous-Marin, on sait très bien que nous sommes dans le collimateur, car nous accueillons dans notre " café-musiques " de nombreuses associations pour qu’elles puissent s’organiser, rencontrer leurs adhérents. De notre côté, nous nous défendons grâce à une bonne communication et la mise en route d’une veille médiatique. Nous ne désirons pas rester seuls dans ce combat. On rencontre Noir Désir, de nombreux artistes... Bref, le combat se précise. Nous devenons une cible évidente. En Octobre de cette année-là, nous organisons un grand concert avec Noir Désir, Massilia Sound System, Miossec, les Thugs, Burning Heads, Biocide pour renflouer le Sous-Marin.

 

Le lundi matin, le Sous-Marin se retrouve muré par la municipalité, et son équipe se voit diffamée : " La drogue circule sous le manteau ; lieu de perdition pour la jeunesse ; vente illicite d’alcool ; recel de fausse monnaie." La totale ! Nous engageons un long, très long combat juridique, qui mettra de nombreuses années pour voir enfin la justice française condamner les Mégret et leur équipe pour diffamation, fermeture illégale du Sous-Marin, rupture abusive de convention... Mais en attendant, les Mégret sont médiatisés, et finalement avec du recul, on se rend compte qu’ils ont ainsi bénéficié d’une campagne médiatique nationale. Comme le dit si bien Noir Désir, leurs idées sont passées...

 

Mais nous n’abdiquons pas, au contraire. Nous organisons avec la Fédurok (Fédération nationale de lieux de musique amplifiée) une tournée " Musiques et citoyenneté " dans toute la France pour expliquer ce qu’il nous est arrivé, débattre du " délit de sale musique ", interpeller les jeunes, les politiques, essayer de réactualiser la citoyenneté, faire reconnaître le droit aux musiques actuelles d’exister convenablement. Cette tournée aura été un moment fort de débat, de rencontre, mais on voit malheureusement combien aujourd’hui les choses n’ont finalement pas si avancé que ça...

 

Article paru dans l'édition du 18 octobre 2002.

 

Face à la politique antisociale, anticulturelle, antijeunes de la municipalité d’extrême droite, notre association s’inscrit dans une résistance de longue durée, essayant de multiplier les initiatives culturelles, si possible sur Vitrolles pour les ateliers, mais dès qu’il s’agit de retrouver notre public, nous sommes obligés de travailler en périphérie.

 

Nous commençons alors une longue période " hors les murs ", qui nous permet de rencontrer régulièrement notre public, de programmer des têtes d’affiches et des artistes la scène musicale émergente (High Tone, Ezekiel), d’aider des groupes de la région à travers des accompagnements à émerger (Raspigaous, Watcha Clan, Ba Cissoko-Yvi Slan et d’autres) à travers des enregistrements live, des éditions de CD. Et bien entendu, de développer de nombreux projets inter associatifs, des interventions en milieu scolaire, en centres sociaux. Nous arrivons même à dresser un chapiteau de cirque pour un grand festival dans le Sud " la Tête dans les étoiles ", où seront programmés Sergent Garcia, Arthur H, Sinsémilia, Massilia Sound System, Marcel et son orchestre, Mano Solo, le comique algérien Fellag, un repas de quartier, des initiatives associatives. Un moment fort où l’on retrouve durant un mois, un lieu à nous.

 

Mais le combat est long, le nomadisme, même s’il possède beaucoup de charme, reste quelque chose de précaire et épuisant : on monte, on démonte sans cesse, les coûts de production sont élevés. Cependant, les élections municipales de mars 2001 se profilent à l’horizon, avec l’espoir de voir une longue lutte de souffrance et une longue période de nomadisme précaire, enfin se terminer. En amont, nous travaillons avec Louise Attaque et de nombreux artistes à faire un état des lieux, à rétablir le dialogue et la reconstruction le tissu associatif. L’alternance politique semble largement possible relançant une dynamique pour retrouver un lieu de vie et d’animation. Malheureusement, le combat politique n’a pas été à la hauteur des enjeux, il a été gâché, les élections sont perdues bêtement.

 

Dès lors, la fatigue, le désespoir se font sentir. De guerre lasse, l’extrême droite risque d’arriver à ses fins. En tant qu’association, nous ne pouvons plus vivre à Vitrolles. Nous décidons d’engager un certain nombre de démarches pour trouver une ville susceptible de l’accueillir, une ville qui se sent concernée par le développement d’action culturelle et sociale originale, en direction notamment des jeunes et de son tissu associatif. Et si cet ensemble de démarches échoue, nous décidons de saborder le navire, de dissoudre l’association.

 

C’est la ville de Gardanne, cité minière, située entre Aix et Marseille, pas très loin de Vitrolles, qui nous accueille. Nous pouvons, grâce au courage politique de son maire, Roger Meï, de son élu à la culture, Mustapha El Miri, retrouver un second souffle.

 

Mais si le nomadisme, le " hors les murs " reste une belle aventure et est désormais partie prenante de notre projet culturel, nous avons besoin de retrouver un lieu permanent, d’expression, de rencontre et de vie. Un lieu que nous méritons, après avoir été un des premiers " café musiques ", issu d’un vrai projet culturel, initié par des jeunes et perdu illégalement à cause d’une municipalité d’extrême droite.

 

Nous en sommes là, aujourd’hui, à interpeller à nouveau le monde politique, nos partenaires publics (ministère de la Culture, conseil général, conseil régional) pour qu’une vraie solution soit trouvée, après cinq ans de lutte, de résistance, de fatigue. C’est, nous semble-t-il, un juste droit, nous n’avons jamais baissé pavillon.

 

Ce soir, festival de reggae avec Jamaïcan all stars et demain festival de hip-hop à la Maison du peuple à Gardanne.

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