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Pour mieux connaitre  l’histoire politique de Vitrolles, gérée pendant 5 années (1997 - 2002) par l'extrême droite et le couple Bruno et Catherine MEGRET, plus de 200 articles de presse sont à votre disposition (colonne de droite, rubrique "thèmes" sur ce blog). A l'heure de la banalisation de l'extrême droite, un devoir de mémoire s'impose avec l'expérience vécue à  Vitrolles.

Cette histoire politique est désormais complétée par des vidéos que vous pouvez retrouver dans le thème "l'histoire politique de Vitrolles en vidéo", dans la colonne de droite. Cette rubrique sera renseignée au fil du temps.

@ DH
1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 21:15

Mégret joue sa dernière carte

 

source : Le Nouvel Observateur le 06/06/2002 auteur : Marie-France Etchegoin


En face de la mairie de Vitrolles, c'est Kacem qui tient le bar de la place. Kabyle, né en Algérie, il a parfois envie de mettre la clé sous la porte. «Ce sont les communistes qui m'ont aidé à tenir le coup, lance-t-il. Ce sont eux qui viennent le plus souvent consommer.» Hilarité en terrasse où sont justement installés, ce jour-là, les militants du PC et du PS en campagne. «C'est normal, dit un socialiste. Chez vous les communistes, il n'y a plus que des retraités et des permanents, vous avez le temps !» Dans la 12e circonscription des Bouches-du-Rhône, la «gauche unie» essaie de plaisanter pour oublier que la situation ne prête pas à rire. Bruno Mégret se présente pour la troisième fois aux législatives. Depuis 1988, chaque élection se termine par un duel gauche-extrême-droite et Mégret échoue de peu.


Attablé à la terrasse de Kacem, Vincent Buroni, un grand gaillard barbu, député PS sortant, assure que, cette fois encore, rien n'est perdu. «Même si, dit-il, à la présidentielle l'extrême-droite a atteint des sommets abominables dans la circonscription (34% pour Le Pen au second tour).» Cet ancien chimiste, militant de la CFDT, espère faire le plein des voix de gauche dès le premier tour. Le PC, les Verts et le PRG ayant retiré leurs candidats pour se ranger sous sa bannière.

 

Depuis des semaines, Mégret le pilonne à l'arme lourde: «Buroni protège les voyous», «Buroni insulte l'armée et les pieds-noirs», «Buroni aggrave la pollution».

 

Sur ses tracts, il a fait dessiner le député socialiste ronflant sur une chaise longue. A l'inverse, Buroni se contente de faire bravement campagne sur son «action depuis quatre ans qui s'inscrit dans le bilan satisfaisant du gouvernement Jospin». Dans ses dépliants, pas une allusion au choc du 21 avril, aucune contre-attaque sur les diatribes anti-immigrés de Mégret, sur ses délires sécuritaires (qui n'ont pas empêché sa femme d'embaucher comme agent d'entretien dans sa mairie, à sa sortie de prison, l'un des trois colleurs d'affiches FN condamnés, il y a quatre ans, pour avoir tué un jeune Comorien à Marseille en février 1995 !).


Pas un mot non plus sur la gestion de Vitrolles. Récemment pourtant, la chambre régionale des comptes a fait une critique au vitriol de la politique mégrétiste. Epinglant une «administration qui manque cruellement de compétences», le recrutement pléthorique de personnels le plus souvent sympathisants MNR, les frais de représentation excessifs de Catherine Mégret, «les opérations financières douteuses», «la hausse brutale des tarifs de l'eau», les équipements collectifs laissés à l'abandon. Vitrolles «laboratoire» du MNR, comme disaient les époux Mégret ! Suite à ce rapport, une information judiciaire a été ouverte pour «détournements de fonds publics». Les courriers aux maires pour la collecte des 500signatures nécessaires à la candidature Mégret à la présidentielle auraient été payés par la commune.


«Nous n'utiliserons pas ce genre d'argument, assure Vincent Buroni. Cela n'intéresse que le microcosme. Les gens sont tellement habitués à tout ça depuis des années.»

 

Ah bon ?

 

Montrer les résultats de l'application de la politique MNR à Vitrolles ne serait pas une bonne manière de se battre contre l'extrême-droite ? Même Bruno Mégret s'étonne de cette «campagne mollassonne, plate». A croire que l'«esprit du 1er-Mai» n'a jamais soufflé ici. A croire que, comme le dit René Agarrat, militant anti-FN «historique» de Vitrolles, et candidat soutenu par la LCR, «les gens sont fatigués de se battre». A croire, qu'ici plus qu'ailleurs, tout le monde est tétanisé par la vague Le Pen et ne sait plus que faire pour l'endiguer. «C'est vrai que dans la région de Vitrolles la mobilisation antifasciste a montré ses limites, dit le communiste Alain Hayot. Il ne suffit plus de lancer des anathèmes, des slogans. Pour autant, je ne partage pas du tout la position des socialistes.» Conseiller municipal de Vitrolles, vice-président de la région Paca, candidat présumé du PC dans cette circonscription,

s'est désisté et fait malgré tout campagne avec Buroni. «Mais moi, dit-il, j'attaque clairement le programme de l'extrême-droite. Les socialistes, eux, pensent qu'il ne faut pas trop brusquer les électeurs atteints de lepénisation. Ils cherchent à grappiller le maximum de voix à droite et à gauche.»


Vincent Buroni table en effet sur la faible notoriété de son adversaire RPR, Eric Diard, 36 ans, maire de Sausset-les-Pins («Le plus jeune du département», précise celui-ci fièrement). Le socialiste est persuadé que le jeunot de l'UMP se retirera s'il arrive en troisième position le 9 juin («Gaudin me l'a promis», dit-il). Le député sortant mise enfin sur les divisions de l'extrême-droite. Le Pen crie partout qu'il veut tuer Mégret et, dans cette circonscription comme dans toutes les autres, il a envoyé un homme du Front contre «Naboléon».

 

La rumeur d'une candidature Simonpieri a même couru un temps. Le maire de Marignane, MNR, avait fait scission avec Mégret. Mais le 1er mai, il est allé défiler avec Le Pen. Depuis, celui qui aurait pu véritablement menacer Mégret en se présentant aux législatives (il a été reconduit aux municipales avec plus de 62% des voix) observe le plus parfait mutisme. Mégret est donc sûr de bénéficier d'un «vote utile» de l'électorat d'extrême droite. Car c'est un inconnu, un ingénieur à la retraite aux allures patelines, Claude Bourge, qui porte les couleurs du FN contre le «traître» Mégret. Ex-MNR, ex-adjoint à l'économie à la mairie de Vitrolles, cet Auvergnat cogne sur son ancien patron mais rappelle chaque fois qu'il le peut les relations «conviviales» qu'il entretient avec les socialistes ou les RPR quand il les croisent sur un marché. «Vous avez vu comment il est, glisse Vincent Buroni. Je suis obligé de lui serrer la main. Sinon les gens ne comprendraient pas et c'est moi qui passerais pour un sauvage !» Faire monter le FN pour battre le MNR. Jouer le choléra contre la peste. Une tactique électorale sans doute. Mais est-ce une manière de juguler l'épidémie ?

 
A Mégret, aucun candidat ne serre la main. En meeting, devant un public acquis, gauche et droite dénoncent la menace MNR. Mais, sur les marchés, lors des rencontres avec les électeurs, ni le socialiste, ni le chiraquien, ni le frontiste ne critiquent son programme ou son «laboratoire» vitrollais.

 

Seulement son allure. «Regardez-le, disent-ils en choeur, il déboule partout avec ses gorilles, équipés de talkies-walkies. Tous habillés en noir. On dirait des croque-morts. Ils font peur aux gens.»

 

Vendredi dernier pourtant, à Châteauneuf-lès-Martigues, Bruno Mégret était certes suivi à distance par deux colosses, mais il portait un costume vert et était accompagné de trois jeunes femmes vêtues de couleurs claires. Raide comme à son habitude, il tendait la main à tout le monde sauf aux commerçants arabes salués d'un bref bonjour. Dans ce fief socialiste (dont Vincent Buroni est le maire), personne ne lui a tourné le dos, personne n'a refusé ses tracts.

 

«Je fais partie du paysage local», se contente de souligner Mégret, laissant les faits parler pour lui. Certain de jouer ici une partie de son avenir politique. Il a envoyé dans toutes les circonscriptions des Bouches-du-Rhône son équipe rapprochée de Vitrolles, et du MNR (ce qui revient à peu près au même): adjoints, élus, responsables des services municipaux. Jusqu'aux contractuels et secrétaires qui vont se présenter, eux, dans les DOM- TOM ! Mégret ne cache pas qu'il compte se refaire une santé financière grâce à ces législatives (1,66 € d'argent public par suffrage obtenu). «Si je suis élu, dit-il tranquillement, c'est autour de moi que se fera la réunification de la droite nationale. Pas autour de Le Pen qui a échoué le 5 mai. Et, en 2004, c'est moi qui prendrai le conseil régional»

 

Et il ajoute comme une évidence: «Ici, c'est ma région.»

 

MARIE-FRANCE ETCHEGOIN

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Published by Didier HACQUART - dans Histoire politique de Vitrolles : 2002 et