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Pour mieux connaitre  l’histoire politique de Vitrolles, gérée pendant 5 années (1997 - 2002) par l'extrême droite et le couple Bruno et Catherine MEGRET, plus de 200 articles de presse sont à votre disposition (colonne de droite, rubrique "thèmes" sur ce blog). A l'heure de la banalisation de l'extrême droite, un devoir de mémoire s'impose avec l'expérience vécue à  Vitrolles.

Cette histoire politique est désormais complétée par des vidéos que vous pouvez retrouver dans le thème "l'histoire politique de Vitrolles en vidéo", dans la colonne de droite. Cette rubrique sera renseignée au fil du temps.

@ DH
1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 20:05



Vitrolles Politique. Une semaine après la défaite de l’extrême droite, rencontres avec les acteurs du changement, élus et citoyens.

 


Vitrolles : 72 heures en République (*)

 
 
 
 
 

En place depuis dimanche dernier, la nouvelle municipalité découvre le champ de mines laissé par l’extrême droite et met en place sa politique.

 
 
 
Vitrolles (Bouches-du-Rhône),
 
 
 
Envoyé spécial.
 
 
 
Dimanche 13 octobre 2002, 10 heures, hôtel de ville.
 
 
 

Le PV de ce conseil municipal portera : " Applaudissements nourris ". Dans le show-biz, on dirait " standing ovation ", ici, plus simplement : retour à la République.

 
 
 

Rappel des résultats du second tour de l’élection municipale de Vitrolles : liste Obino : 8 089 voix ; liste Mégret : 6 878.

 
 
 

Appel des 39 conseillers municipaux élus, 30 gauche, 9 MNR. " Mme Mégret Catherine " : silence, puis sifflets. " M. Mégret Bruno " : silence, puis sifflets. Les élus MNR ont décidé de boycotter la première séance de ce nouveau conseil municipal. · quelques kilomètres de là, Mégret donne une conférence de presse. · Marignane, précisément, dans la ville gérée par son " ami ", Daniel Simonpieri, encore MNR mais que l’on annonce à l’UMP. " Nous voulons ainsi montrer notre réprobation à l’égard de ce processus électoral truqué et orchestré par un système politique peu soucieux d’équité et de démocratie ", délire Bruno Mégret.

 
 
 

Retour à Vitrolles. Élection du maire : 30 présents, 30 votants, 30 exprimés, 30 voix pour Guy Obino (PS). " Nous déclarons M. Obino, maire de Vitrolles. " Certains ne peuvent s’empêcher de verser une petite larme. Guy Obino déploie sa grande carcasse, s’empare de son discours et lit : " Aujourd’hui, Vitrolles est libre, la République revient dans sa maison avec ses valeurs. Les élus qui sont autour de cette table sont là pour servir et non pour se servir. Ce sont les travailleurs des chantiers qui nous attendent. " Il énumère ensuite ces fameux chantiers, autant dire des champs de mines :

 
 
 

- Assainir les finances de la ville : un audit complet confié à un organisme indépendant.

 
 
 

- Restructurer les services publics, non plus au service du maire ou d’une idéologie mais exclusivement destinés à tous nos concitoyens. Un audit sera également commandé sur l’organisation des services et la gestion du personnel. · cet effet, la police va se redéployer équitablement dans toute la ville, les espaces verts seront entretenus dans tous les quartiers.

 
 
 

- Retisser le lien social dans la vie associative, avec les sportifs, les milieux culturels et sociaux, l’école. La culture et la fête doivent retrouver leur place à Vitrolles.

 
 
 

- L’économie : 21 % de chômeurs à Vitrolles, 1 053 érémistes dans une ville d’un peu moins de 40 000 habitants.

 
 
 

- Un projet quartier par quartier. Nous irons à la rencontre de chacun des habitants.

 

Conclusion : " Nous allons remettre Vitrolles dans la normalité républicaine. "

 
 
 

Pour finir, cette première séance " historique ", le conseil municipal procède à l’élection des 11 adjoints : 5 PS, 3 PC, 1 Vert, 1 radical de gauche, 1 Pôle républicain.

 
 
 
Dimanche, 11 h 45, place de l’Hôtel-de-Ville.
 
 
 

C’est la première photo de famille, rythmée autant par les flashes des photographes que par les recommandations de Vitrollais : " Vous allez nous remettre tout ça en place ", " Au travail, maintenant ". La victoire est encore plus douce lorsqu’elle est lucide. Un conseiller municipal indique d’un mouvement de tête le marché, tout proche : " Vous voyez, là, entre les étals de fruits et les vêtements au bout, il y a une centaine de personnes. Eh bien, 46 ont voté Mégret. Il ne faut pas l’oublier. " Et que pensent les 37,44 % d’abstentionnistes ?

 
 
 

Dimanche, 11 h 50, place de Provence, ex-place Nelson-Mandela.

 
 
 

Les noms changent, le traditionnel marché dominical reste. Bientôt la place devrait retrouver le nom du président sud-africain. Comme on ne devrait plus emprunter l’avenue Jean-Pierre-Stirbois.

 
 
 

Un vieux ronchon prend sa place dans la file d’attente à la fromagerie, jette un regard vers la place de l’Hôtel-de-Ville et s’adresse à sa voisine : " Y’a pas beaucoup de Français là-bas. "

 
 
 

Près des fruits et légumes, une mère de famille s’emporte : " Je l’ai vu à la télé, l’autre, elle a fait un bras d’honneur à ceux qui ont pas voté pour elle. Qu’elle retourne à Paris, moi j’suis chez moi ici à Vitrolles. "

 
 
 
Sa copine : " Mais, calme toi. "
 
 
 

" Et encore, j’ai pris un calmant ce matin. "

 
 
 
Lundi, 10 heures, bar de l’Hôtel de Ville.
 
 
 

Avant-hier : " Je suis un syndicaliste entré en politique par réaction à Mégret. " Hier : " Tout le monde a intégré le fait que c’était maintenant ou jamais. " Pour Philippe Gardiol, la boucle pourrait être bouclée : Mégret parti, conscience tranquille. Mais, après avoir conduit, à Marignane, une liste Verts-PCF, le responsable des Verts à Vitrolles a accepté de prendre des responsabilités au sein de la nouvelle municipalité. Aujourd’hui : il est adjoint au maire chargé de l’Environnement. Un Vert à l’Environnement, c’est un peu téléphoné, non ? " Les Verts ne sont pas très puissants sur Vitrolles, donc nous voulons d’abord agir là où on nous attend ". Premier chantier : la création d’une Maison verte, avec une nouvelle méthode de décision, sorte de moteur à trois temps : 1. État des lieux, 2. Élaborer avec les citoyens un plan d’action communale et proposer des financements, 3. Présenter le projet devant le conseil municipal.

 
 
 
Lundi, 17 heures, hôtel de ville.
 
 
 

Si le cour était au lyrisme, ce pourrait être une énumération à la Prévert : fermeture du théâtre de Fontblanche et de l’école du cirque, fréquentation en baisse des bibliothèques, institution de comités de lecture, saccage des ateliers culturels avec les scolaires, fermeture du cinéma. Marie-Hélène Bacci, institutrice, adjointe PS à la culture, reprend son souffle : " Avec ce panneau installé depuis quatre ans, prochainement : ouverture du cinéma. Voilà, prochainement, et puis rien. Il y a eu une volonté de destruction. "

 
 
 

Priorités de la reconstruction : la réouverture du théâtre de Fontblanche et du cinéma, ainsi que la création d’une médiathèque.

 
 
 

Objectif : retrouver le dynamisme culturel, retisser le lien social aussi avec la culture.

 

Espoir : " Nous avons déjà reçu beaucoup de coups de fil de gens qui veulent participer. "

 
 
 
Mardi, 11 heures, bar de l’Hôtel de Ville
 
 
 

" Bon, je vais pouvoir le finir ce café ? " Henri Agarrat sourit de ces interpellations multiples mais la liste de ses compétences en tant qu’adjoint au maire chargé des affaires sociales lui donne tout de même quelques crampes d’estomac : " Le CCAS, le logement, la petite enfance, les érémistes, les chômeurs, les personnes âgées. "

 
 
 

"N’oublie pas le médico-social ", lui glisse sa voisine Pascale Morbelli, aujourd’hui adjoint à la ville et aux quartiers. " J’ai eu affaire à tout ça pendant quinze ans en tant qu’adjoint de prévention dans la ville, alors on s’aide ", ajoute-t-elle. Puis s’adressant à Agarrat : " La CAF m’a appelée : elle n’a aucun acte de validité des structures de halte-garderie. "

 
 
 

" Le barbu ", comme l’appelait Catherine Mégret, conseiller municipal communiste depuis 1989, tête de Turc des mégrétistes et salarié chez Eurocopter, note ce nouveau problème sur un quart de feuille blanche. Pour l’instant, il débroussaille, plonge dans les dossiers. Tous ces collègues n’ont pas cette chance puisque quelques broyeurs ont fonctionné pendant la période de transition entre l’ancienne et la nouvelle équipe.

 
 
 
Mardi, 17 h 30, hôtel de ville.
 
 
 

Un bureau sombre. Une petite table, deux chaises. Comme beaucoup d’autres, Didier Hacquart vit ses premières heures d’élu municipal. Sans bureau. Les clés finiront bien par être retrouvées. En attendant, la discussion s’engage dans ce quasi-placard. Ingénieur à Eurocopter, syndicaliste CFDT, secrétaire de la section PS de l’entreprise, le voilà adjoint au maire chargé du personnel. Sacré baptême de l’air. " Il ne s’agit pas de mener une chasse aux sorcières mais de faire redémarrer la machine municipale en la redimensionnant à la bonne taille. Nous regardons dans le détail les 1 600 fiches de paie trouvées pour 800 statutaires. Si les personnes remplissent une réelle fonction dans les services, pas de problème. Pour les emplois de complaisance, on respectera les engagements et les contrats iront à leur terme. " Combien de démissions à ce jour ? " Zéro. Mais faisons la différence entre ceux qui voulaient faire manger la famille et ceux qui ont eu un rôle actif. "

 
 
 
Mardi, 19 h 30, Cité les Plantiers.
 
 
 

Premier étage d’une petite résidence privée. Autour d’une fondue bourguignonne et d’un haut-médoc 2000.

 
 
 

Lui : grands-parents espagnols, partis de la Sierra Nevada andalouse vers Oran dans les années vingt, puis destination Marseille, via Roubaix, après l’indépendance algérienne ; parents habitant d’abord les quartiers Nord puis Vitrolles.

 
 
 

Elle : mi-bretonne, mi-ch’ti, famille socialiste du Pas-de-Calais.

 
 
 

Lui et Elle travaillent dans la même entreprise à Vitrolles.

 
 
 

Lui : " Ça y est, je n’ai plus honte de dire que j’habite Vitrolles. Après les résultats, on a fait péter le champagne. "

 
 
 

Elle : " Quand je suis arrivée sur Vitrolles, j’étais effarée d’entendre les discussions dans la boîte. Des collègues me disaient que pour eux, c’était un vote sanction. Je leur ai dit que je ne sanctionnerai jamais en votant pour l’extrême droite. C’était froid. "

 
 
 

Lui : " Moi, j’ai grandi à Fontblanche avec Mehdi, Mohammed. Le mec qui a volé les enjoliveurs sur la bagnole de mon père, c’était le fils du voisin qui avait sa carte au MNR. Alors. "

 
 
 

Elle : " Au boulot, il y a un mec qui s’appelle Mehdi. Bon, c’est vrai, il est un peu branleur. Mais personne ne lui adresse la parole, même pas la hiérarchie. "

 
 
 

Lui : " Quand mon frère a reçu sur la tête un couteau avec lequel jouait un gamin, mon père a reçu une lettre de Mégret : " Nous vous soutenons dans votre démarche de plainte. " Un : évidemment, le gamin était arabe. Deux : mon père a dit : " Même s’il n’avait pas à avoir un couteau à l’école, il ne l’a pas fait exprès. " Donc, pas de plainte. "

 
 
 
Mercredi, 9 heures, maison du Droit.
 
 
 

Les plumitifs de Mégret, autrement dit la cellule communication de l’ancienne équipe débarrasse le plancher de l’hôtel de ville et emménage (ironie) à la maison du Droit. Avec à leur tête Damien Barillier, l’une des " éminences grises " des Mégret, plusieurs fois candidat à des élections cantonales. Selon nos informations, son contrat a été prolongé de six mois par la délégation spéciale (chargée de gérer la ville depuis l’invalidation des élections). Vous avez dit bizarre ?

 
 
 
Mercredi, 11 heures, bar de l’Hôtel de Ville.
 
 
 

Soleil d’automne provençal en terrasse. Refrain de Jean Ferrat : " Aimer à perdre la raison ". Dans un rapport de décembre 2001, la chambre régionale des comptes (CRC) notait que les dépenses d’équipement n’étaient que de 106 euros par habitant, contre 229 euros de moyenne régionale. Alain Hayot, communiste, professeur d’université, vice-président du conseil régional, tête de liste communiste et citoyen en 2001 (16 %), actuellement deuxième adjoint chargé de l’urbanisme, de l’équipement et du développement économique, arrive. (Lire notre entretien ci-après.)

 
Mercredi, 12 h 30, centre technique municipal.
 
 
 

Ici, on n’aime pas les photographes. " C’est pour quelle presse ? " vocifère un vigile. Ici, c’est le secteur clé de la logistique de Mégret, le cour du parti-mairie MNR. Ici, " pendant (leurs) heures de service ", des agents du personnel communal ont travaillé à la campagne présidentielle de Bruno Mégret. Ce qui a valu à ce dernier un rejet de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel. Ce qui n’empêche pas le directeur du CTM de jubiler. Il a vu le maire. A entendu : " Il n’y aura pas de chasse aux sorcières. " Et pense avoir vaincu. Mais, pour Philippe Gardiol, il faut une " épuration éthique et politique ".

 
 
 

Ici, travaille depuis quelques mois un certain Mario d’Ambrosio, " stagiairisé " à la va-vite en juillet dernier avec une cinquantaine d’autres, dont nombre de candidats MNR aux dernières élections dans le Vaucluse, en Gironde et dans le Gard. Mario d’Ambrosio n’est autre que l’un des trois colleurs d’affiches du FN, auteurs du meurtre d’un jeune Comorien, Ibrahim Ali, le 21 février 1995 à Marseille. Condamné à dix ans de prison en 1998 puis libéré avant le terme de sa peine, il a trouvé refuge et salaire chez ses amis d’extrême droite. " Cela nous pose un problème moral d’avoir ce genre de personnes dans le personnel municipal ", tranche Didier Hacquart.

 
 
 

Mercredi, 14 h 30, bureau du maire, deuxième étage de l’Hôtel de Ville.

 
 
 

· soixante-cinq ans, le " bon docteur " Guy Obino aime répéter qu’il a accouché " 2 000 bébés " dans sa carrière à Vitrolles. Aujourd’hui, ce sont près de 40 000 Vitrollais qu’il " administre ". Une feuille blanche a été scotchée sur la porte de son bureau. " Qu’est ce que c’est que ça ? " Il soulève. La plaque indique : " Madame le maire ". " Ah ! souffle-t-il. Bon, messieurs les journalistes, allons-y. " (Lire notre entretien ci-après.)

 
 
 
Mercredi, 15 h 30, cité la Frescoule.
 
 
 

Face au collège Claudel, une petite place accueille une petite dizaine de maisons achetées vers la fin des années quatre-vingt en accession à la propriété. La réputation de " quartier chaud " colle toujours à la peau de la Frescoule.

 
 
 

Au premier étage de l’une de ces demeures, les canapés ont été disposés autour d’une grande table de salon. Makrout et thé à la menthe. Il y a là Ourida, Radia, Véronique, Monjia et Zora, mères de famille à la quarantaine combative. On a souvent parlé, ces derniers jours, de libération de Vitrolles. Libération de la parole, c’est sûr.

 

Zoria : " On a gagné, mais il reste 46 % d’électeurs mégrétistes. Et parmi eux, une directrice d’école qui refuse de faire travailler les enfants d’immigrés pendant l’étude. "

 

Ourida : " Ici, il y a beaucoup d’enfants d’Espagnols ou d’Italiens qui ont oublié que leurs parents ont fuit Franco ou Mussolini. "

 
 
 

Monjia : " Avec l’extrême droite à la mairie, certains policiers ou gendarmes se sont sentis " libérés ". On a aussi vu des milices à moto qui coursaient les jeunes du quartier. Alors, les jeunes, ils ont acheté des rottweilers (chiens d’attaque - NDLR). "

 
 
 

Zoria : " C’est pas parce que je m’appelle Zoria qu’on n’est pas venu voler un vélo dans mon garage. "

 
 
 

Véronique : " Je peux vous le dire maintenant : à un moment, j’ai eu honte d’être française, car mes voisins maghrébins pouvaient penser que je votais Mégret. J’ai même failli déménager, tellement je n’en pouvais plus. Maintenant, on peut dire qu’on est fières d’être vitrollaises. "

 
 
 

Zoria : " L’une de mes voisines venait manger le couscous à la maison. Elle critiquait Mégret. J’ai vu son air crispé le soir de la défaite des Mégret et j’ai compris qu’elle avait voté pour eux. "

 
 
 

Monjia : " J’ai voté pour la première fois à trente-cinq ans. Je suis française depuis la naissance, mais dans ma tête, j’étais algérienne et j’ai toujours vécu dans l’idée d’un retour au pays. Mais, depuis que j’habite Vitrolles, je m’occupe de politique. "

 
 
 

Zoria : " Entre les deux tours, on a reçu une lettre signée Amar Bouaziz. Il nous appelait à ne pas voter pour la liste de gauche au prétexte que n’y figuraient pas de personnes issues de l’immigration. D’abord, c’est faux. Ensuite, on a vérifié : ce nom n’existe pas sur Vitrolles. Vous voyez jusqu’où " ils " sont capables d’aller. ".

 
 
 

Monjia : " Bon, allez, maintenant, c’est fini, ou presque ".

 
 
 

Un silence s’installe. Le thé est tiède. Un air de liberté flotte sur Vitrolles.

 
 
 

Christophe Deroubaix

 
Journal l'Humanité
 


Article paru dans l'édition du 19 octobre 2002.

 
 
 

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